Il est 10h pile. Le parvis de la Tour Eiffel vibre comme une ruche. Des milliers de baskets trépignent, des regards se croisent, des souffles se calent. Puis c’est le grand lâcher. Soixante vagues, 300 coureurs par minute, une marée humaine qui s’élance vers l’ouest, portée par l’envie de vivre un moment hors du temps. Depuis 1976, Paris-Versailles est bien plus qu’une course. C’est un rite. Une ligne droite vers l’émotion, avec ses 16,2 km de bitume, de forêt, de montée et de descente. Le parcours n’a pas changé, et c’est tant mieux. Il commence en douceur le long de la Seine, puis surgit la fameuse côte des Gardes à Meudon, deux kilomètres de pure résistance, où les jambes brûlent et le mental prend le relais. Après l’Observatoire, c’est la plongée dans la forêt domaniale, le passage furtif à Vélizy, puis Viroflay et son cimetière silencieux. Enfin, l’avenue de Paris s’ouvre comme une scène finale, avec le château en ligne de mire. On y arrive rincé, mais heureux.
Il n’était pas favori. Il n’était pas attendu. Mais il était prêt. Faustin Guigon, coureur de l’OM Athlé, a surpris tout le monde en devançant Florian Carvalho, pourtant champion de France de semi-marathon. 50 minutes et 13 secondes. Un chrono solide, mais surtout une course pleine de panache. « Je voulais passer sous les 52 minutes, confie-t-il, encore ému. C’est ma troisième Paris-Versailles, et cette fois, tout s’est aligné. Le soleil, les jambes, le public. J’ai senti que c’était mon jour. » Sur l’avenue de Paris, il a lâché les chevaux. Derrière lui, Florian Carvalho termine en (50’55’’,) suivi de Sacha Liguori en (55’31’’)
Chez les femmes, Mélody Julien a régné sans partage. 53 minutes et 3 secondes. Une course maîtrisée, une arrivée triomphale devant le château. Elle devance, Anaïs Quemener (57’21’’) et Émilie Christel (1h02’06’’). « Courir ici, c’est toujours un bonheur, souffle-t-elle. L’an dernier, après les Jeux, j’étais fatiguée. Cette fois, j’ai bossé dur. Je me sens prête pour le marathon de Chicago. » Son sourire à l’arrivée en disait long. Pas seulement sur sa forme, mais sur ce que représente cette course : un moment de communion entre coureurs, bénévoles, spectateurs et organisateurs.
Sylvain Fresnel, patron de l’organisation, le répète chaque année : Paris-Versailles, c’est avant tout une ambiance. Pas de primes mirobolantes, pas de chasse au record. Juste le plaisir de courir, ensemble, dans un décor de carte postale. Cette année, les 25 000 dossards sont partis en 50 jours. Un record. Près de la moitié des participants étaient des nouveaux venus. Et parmi eux, 36 % de femmes. Une belle dynamique, portée par l’effet JO et l’envie de bouger. « Ce qu’on veut, c’est que les gens s’amusent le chrono reste secondaire. Ce qui compte, c’est l’émotion. »
À l’arrivée, les visages sont marqués, mais les cœurs sont légers. On s’étire sur les pelouses, on se prend en photo devant le château, on échange des anecdotes. Certains ont couru pour la première fois, d’autres pour la dixième. Tous repartent avec une histoire.