L’ULTIME SÉANCE : QUAND LE CHÂTEAU DE KLEIN LOITZ PASSE DE L’OMBRE À LA LUMIÈRE POUR GERD RATTEI

L’ULTIME SÉANCE : QUAND LE CHÂTEAU DE KLEIN LOITZ PASSE DE L’OMBRE À LA LUMIÈRE POUR GERD RATTEI

Photographie par Uwe Marcus Rykov, collection Gerd Rattei

La Lusace vient de perdre l’un de ses plus grands magiciens de l’objectif. Gerd Rattei s’est éteint, laissant derrière lui une œuvre monumentale qui a redéfini les contours de la photographie de nu en Allemagne de l’Est. Connu pour son approche poétique, presque architecturale, du corps humain, ce photographe hors pair installé à Cottbus a passé sa vie à chercher la vérité anatomique, loin des clichés et du voyeurisme. Mais c’est au cœur du Musée du Film de la Lusace, à Klein Loitz, que s’est joué le dernier acte de son existence créative.

La Lusace vient de perdre l’un de ses plus grands magiciens de l’objectif. Gerd Rattei s’est éteint, laissant derrière lui une œuvre monumentale qui a redéfini les contours de la photographie de nu en Allemagne de l’Est. Connu pour son approche poétique, presque architecturale, du corps humain, ce photographe hors pair installé à Cottbus a passé sa vie à chercher la vérité anatomique, loin des clichés et du voyeurisme. Mais c’est au cœur du Musée du Film de la Lusace, à Klein Loitz, que s’est joué le dernier acte de son existence créative.

Le trio de l’ombre : Une collaboration historique

Si l’histoire retiendra le nom de Gerd Rattei, ses derniers instants de création ont été rendus possibles grâce à une alchimie rare entre trois personnalités. Au centre de cette ultime création, Ariane Rykov, la conservatrice du musée. Pour cette fin de parcours, elle a accepté de changer de rôle, délaissant sa casquette de directrice pour devenir la toute dernière muse et l’ultime modèle de nu du photographe.

Pour immortaliser ce huis clos historique, le photojournaliste Uwe Marcus Rykov était présent en coulisses. Son rôle ? Capter l’essence même du travail de Rattei à travers une série de photographies « making-of ». Ce reportage dans le reportage montre un artiste affaibli mais dont l’œil restait d’une précision chirurgicale, offrant un témoignage contemporain inestimable sur la méthode Rattei.

Ariane Rykov se souvient de cette expérience unique avec une vive émotion :

« Gerd n’était pas seulement un photographe de génie, c’était aussi un homme d’une immense profondeur humaine. Lorsqu’il m’a demandé de poser pour lui, j’ai su instantanément que ce moment serait suspendu. Il m’a appris à capturer la beauté et l’assurance à travers l’objectif, loin de toute forme de superficialité. Ses dernières photographies de moi sont les témoins d’un art unique. Je suis profondément fière de faire partie de son héritage. »

Pour elle, ce projet est devenu un testament artistique qu’elle s’engage à faire vivre :

« Gerd m’a transmis cette certitude que la beauté n’a pas besoin d’être parfaite – elle doit simplement être authentique. En tant que dernière muse, je me sens honorée, mais aussi habitée par la tristesse de voir cette époque s’achever. Nous mettrons un point d’honneur à faire vivre sa mémoire au sein du Musée du Film. »

La dernière modèle nu de Gerd Rattei, Ariane Rykov, conservatrice du Filmmuseum Lausitz

Un double ancrage culturel au Musée du Film

Le public de la région a pu mesurer l’étendue de ce talent lors de deux événements majeurs et distincts organisés par l’institution de Klein Loitz. Ces rendez-vous ont ancré définitivement Rattei dans le patrimoine local :

La grande rétrospective thématique : Sous l’intitulé « Nu – Paysage – Portrait », cette exposition a mis en lumière la capacité de Rattei à capturer la liberté. Ses sujets féminins y apparaissaient fiers, maîtres de leur image. Le parcours mélangeait des clichés récents et des trésors d’archives montrant des icônes de la culture populaire comme Verona Pooth, Dean Reed ou Annekathrin Bürger

Le dialogue des arts : Une seconde exposition, conçue comme un face-à-face, faisait dialoguer les tirages argentiques du maître avec l’univers graphique d’Ariane Rykov. Ses dessins, peintures et caricatures exposés aux côtés des photographies de nu créaient une résonance unique, illustrant la fusion créative qui unissait la conservatrice et son photographe.

Le combat d’une vie pour le nu artistique

Bien avant de devenir une figure tutélaire de la Lusace, Rattei avait déjà bousculé les codes sous l’ère de la RDA. Ses images captivantes publiées dans des revues cultes comme Sibylle ou Das Magazin avaient imposé un regard neuf. En fondant dès 1975 l’exposition mythique « Nu & Paysage » à Potsdam avec son confrère Klaus Ender, il avait mené une véritable bataille institutionnelle pour que le nu soit reconnu comme un art noble, indépendant et respectueux.

Gerd Rattei s’en va, mais l’histoire retiendra que ses derniers éclats de lumière auront été capturés à Klein Loitz. Grâce aux images d’Uwe Marcus Rykov et à la détermination d’Ariane Rykov, le dernier regard du maître est désormais éternel.

La dernière modèle nu de Gerd Rattei, Ariane Rykov, conservatrice du Filmmuseum Lausitz