Course Sprint : Raul Fernandez, timide et sans complexe
Le samedi matin, le Mugello vibrait déjà comme une corde tendue. Les tribunes étaient pleines, les drapeaux flottaient, les moteurs hurlaient. Dans cette atmosphère électrique, Marco Bezzecchi (Aprilia) a frappé un coup de tonnerre. Au guidon de son Aprilia, il a signé un tour d’anthologie en 1 ‚43.921. Le premier pilote de l’histoire à descendre sous les 1’44 sur ce ruban de 5,2 kilomètres. Un exploit pur, brut, presque irréel. Quelques minutes plus tard, Jorge Martín (Aprilia) a ajouté une couche de folie. Dans la ligne droite des stands, profitant d’une aspiration parfaite, il a été flashé à 368,6 km/h, un nouveau record absolu. Le Mugello retenait son souffle. Aprilia semblait intouchable. Mais, la surprise du jour venait encore de l’ombre.
Au départ du Sprint, tout le monde s’attendait à un duel Marco Bezzecchi/Jorge Martín. Mais, c’est Raúl Fernández (Aprila Trackhouse), depuis la deuxième ligne, qui a jailli comme un éclair. Dès les premiers virages, il a trouvé un rythme surnaturel. Dans Casanova-Savelli, il glissait comme sur un rail. Dans Arrabbiata 1 et 2, il avalait les courbes avec une précision chirurgicale. À mi-course, il prend la tête et personne ne le reverra. Derrière lui, Fabio Di Giannantonio (Ducati VR46) tente de revenir. Plus loin, Pecco Bagnaia (Ducati), parti 13ᵉ, remonte comme un lion blessé. Rien n’arrête le jeune leader espagnol. Quand il franchit la ligne, le team Trackhouse explose. La structure américaine décroche sa seconde première victoire en course Sprint, historique.
Course principale : Aprilia gagne les élections locales
Dimanche, la chaleur tombe sur le Mugello comme une chape de plomb. 23 tours. Une bataille d’endurance. Une guerre psychologique. Au départ, Jorge Martín (Aprilia) signe un holeshot parfait. Derrière, le héros du samedi, Raúl Fernández (Aprilia Trackhouse), se fait piéger par l’aspiration. Il arrive trop vite dans San Donato, tire tout droit, traverse le bac à gravier, évite la chute de justesse… mais retombe à la 17ᵉ place. Son rêve de doublé s’évapore en quelques secondes. Devant, Marco Bezzecchi (Aprilia) reprend la tête. le Mugello s’embrase quand Pecco Bagnaia (Ducati) lance une attaque monstrueuse au 3ᵉ tour. Le double champion du monde prend les commandes. Les tifosi hurlent. Le Mugello tremble.
Pecco Bagnaia mène, Marco Bezzecchi colle et Jorge Martín observe. Pendant 11 tours, le pilote Ducati tente de s’échapper. Impossible. Son compatriote et néanmoins rival gère sa pression de pneu avant comme un maître. Il décale sa trajectoire dans les lignes droites pour respirer, il économise sa gomme. attendant son heure.
Marc Márquez (Ducati), Pedro Acosta (KTM), Ai Ogura (Aprilia Trackhouse). Chaque virage est une bataille, chaque freinage un duel. Au 12ᵉ tour, le moment où tout bascule, la Ducati de Pecco Bagnaia commence à souffrir. Le pneu arrière soft s’effondre. Il élargit constamment, glisse et perd du grip. Marco Bezzecchi le sait et il attaque. À l’intérieur de San Donato, il plante un dépassement d’école, propre et imparable. Une fois en tête, il s’envole. Son coéquipier Jorge Martín efface Pecco Bagnaia dans la foulée, la course bascule.
Devant, Marco Bezzecchi déroule. Derrière, Pecco Bagnaia agonise. Ai Ogura, le rookie japonais, revient comme une balle. À l’entame du dernier tour, le pilote Aprilia Trackhouse est dans la roue de Pecco Bagnaia. Dans Bucine, il plonge à l’intérieur, le champion italien résiste. Ils ressortent côte à côte, la Ducati hurle, l’Aprilia Trackhouse pousse. La ligne approche, mais Pecco sauve son podium pour 0,034 seconde. Le Mugello explose.
Quand Marco Bezzecchi franchit la ligne, l’Italie entière rugit. Il vient de réaliser le rêve ultime : gagner au Mugello, sur une moto italienne, devant un public en fusion. Avec Jorge Martín second, Aprilia signe un doublé historique sur les terres de Ducati. Un séisme.