
Tout avait commencé quelques heures plus tôt, dans les pentes brutales du Col d’Èze. Une montée sèche, sans répit, où les pourcentages cassent les jambes et les illusions. Demi Vollering et Katarzyna Niewiadoma y sont entrées comme deux boxeuses montant sur le ring. Huit secondes les séparaient au général. Huit secondes, une poussière, un souffle. Dès les premières rampes, Katarzyna Niewiadoma tente d’étouffer la course. Elle attaque, encore, encore, encore. Elle grimpe comme si la montagne était en feu. Demi Vollering ne dit rien. Elle reste dans la roue. Elle attend. Elle encaisse. Elle observe. Puis vient le dernier kilomètre de la dernière ascension. Le moment où les jambes parlent plus fort que les mots. Demi Vollering se dresse, accélère, tranche. Katarzyna Niewiadoma décroche. Sa grande rivale s’envole. Le Tour bascule.
Tour de France Femmes 2026 n’a jamais été une ligne droite. Il a été un labyrinthe, un manège, une succession de secousses. Sur 1 174,7 kilomètres, les favorites ont vacillé, les stratégies ont explosé, les certitudes ont fondu. Demi Vollering avait pourtant commencé en reine. Maillot jaune dès les premières étapes, épaulée par une équipe FDJ United-Suez soudée autour d’elle : Célia Géry, Juliette Berthet, Évita Muzic, Gladys Verhulst. Mais le Mont Ventoux a tout renversé. Ce jour-là, Katarzyna Niewiadoma s’est envolée seule au sommet, laissant derrière elle Demi Vollering et Marlen Reusser. La représentante polonaise endosse le maillot jaune. Le Tour s’enflamme. Puis vient la polémique de la 8ᵉ étape : Katarzyna Niewiadoma accuse Célia Géry de l’avoir bloquée contre les barrières. Les réseaux s’embrasent. La tension monte. Demi Vollering, elle, reste de marbre. „J’ai pensé à Célia Gery qui a eu une rude nuit“, dira-t-elle plus tard. Mais elle ne répond pas dans les micros. Elle répond sur la route.





Tenante du titre, Pauline Ferrand-Prévot arrive sur ce Tour avec l’aura d’une légende. Mais dès le contre-la-montre de la 4ᵉ étape, les signaux sont clairs : elle n’est pas dans le rythme. Elle perd 2’13’’ sur Marlen Reusser, 1’59’’ sur Demi Vollering. „Je ne suis pas au niveau“, reconnaît-elle. La suite est douloureuse : lâchée à Belleville-en-Beaujolais, distancée au Ventoux, elle glisse au classement. Mais jamais elle ne perd sa lucidité. Jamais elle ne perd son élégance. „Il faudra corriger certaines choses“, dit-elle, déjà tournée vers 2027.
Dans ce Tour incandescent, une coureuse française a brillé : Cédrine Kerbaol. 6e du général, meilleure tricolore, elle confirme son statut de future grande. Juliette Berthet, elle, a été l’ombre précieuse de Vollering, l’équipière qui ferme les trous, qui protège, qui sacrifie.
Le doublé sur le Tour n’est qu’un chapitre. En 2026, Demi Vollering a aussi remporté : Le Tour d’Italie, La Setmana Ciclista Valenciana, Le Circuit Het Nieuwsblay, Le Tour des Flandres, La Flèche Wallonne, Liège-Bastogne-Liège,Une domination totale, une année de géante.

Katarzyna Niewiadoma n’a pas gagné, mais elle n’a rien perdu de son aura. Elle reste la seule, avec Vollering, à n’avoir jamais quitté le podium depuis 2022. „Demi était plus forte aujourd’hui„, dit-elle. „Mais je reviendrai.“ Et elle reviendra. Un Tour qui change aussi l’économie du cyclisme Avec 70 000 € de primes, dont 50 000 € pour la victoire finale, Demi Vollering signe aussi un succès financier. FDJ United-Suez domine le classement des primes. Le cyclisme féminin avance, grandit, s’affirme.
Quand Demi Vollering franchit la ligne, seule, les bras tremblants, les larmes aux yeux, Nice retient son souffle. Elle n’est plus seulement une championne. Elle est une pionnière. La première double lauréate de l’ère moderne. Une femme qui a transformé la douleur en puissance, la pression en lumière. Le Tour de France Femmes 2026 restera comme un récit de courage, de rivalités, de renaissance. Un Tour où Demi Vollering, Katarzyna Niewiadoma, Pauline Ferrand-Prévot, Cédrine Kerbaol, Marlen Reusser, Juliette Berthet, Célia Géry, Évita Muzic, Gladys Verhulst et tant d’autres ont écrit une histoire qui dépasse le sport.



