Chamonix, vendredi soir. Le ciel s’effondre en rideaux de pluie, les sommets se couvrent de neige, le vent hurle. Et pourtant, ils sont là. 2 300 coureurs, frontales allumées, cœurs battants, prêts à défier le Mont-Blanc. L’UTMB, ce n’est pas juste une course. C’est une odyssée. Une traversée de l’extrême, où chaque pas raconte une histoire. Le plateau élite de cette 22ᵉ édition est digne d’un roman d’aventure : François d’Haene, Ben Dhiman, Thibaut Garrivier, Ruth Croft, Courtney Dauwalter… Et bien sûr, Tom Evans. L’ancien militaire britannique, déjà vainqueur du Marathon des Sables et de la Western States, revient avec une obsession : inscrire son nom au sommet de l’UTMB.


Dès les premiers kilomètres, la bataille fait rage. Les leaders se relaient, les écarts se creusent puis se resserrent. Mais dans la nuit noire, au Grand Col Ferret, Tom Evans accélère. Il fend la tempête, avale les dénivelés, creuse l’écart. À l’aube, il est seul en tête. Le rêve devient tangible. À l’arrivée, il salue militairement, les yeux embués. Puis il s’arrête, souffle, et parle. Pas comme un champion, mais comme un homme. „C’est l’une des courses les plus bizarres à laquelle j’ai pu participer. On a eu de la pluie, de la neige, du vent… et pourtant, j’ai adoré chaque minute. Avant le départ, je voulais juste être fier de ma performance. Je ne pensais pas à la victoire, je pensais à l’effort, à ce que je pouvais donner. Cette course, c’est la plus spectaculaire de toutes. Elle te prend tout, et si tu veux qu’elle te rende quelque chose, il faut lui donner ton âme. Aujourd’hui, c’est un rêve qui devient réalité. J’ai pensé à mes proches, à mon fils, à tous ceux qui m’ont soutenu. Cette victoire, elle est pour eux.“
Derrière lui, le coureur américain Ben Dhiman termine en 19h51m37s, le visage marqué par l’effort. L’athlète britannique Josh Wade, surprise de cette édition, complète le podium. Premier français Thibaut Garrivier, 5e, aura tout donné, mais c’est le coureur chinois Ji Duo qui s’intercale en 4e position.




Sur les sentiers battus par la tempête, la course féminine de l’UTMB 2025 a offert un duel haletant. Courtney Dauwalter, triple vainqueure, mène la danse dès le départ. Mais la montagne, capricieuse, finit par lui imposer sa loi. Sous la pluie, la neige et le vent, son allure fléchit. Ruth Croft, la championne néo-zélandaise, en embuscade, attend son heure. Au petit matin, elle accélère, dépasse, s’envole. En 22h56m23s, elle franchit la ligne, victorieuse et digne, dans un silence chargé d’émotion. Une performance magistrale, tout en maîtrise.
Derrière elle, Camille Bruyas s’accroche. La coureuse française, 33 ans, puise dans ses ressources, dans ses souvenirs de la CCC 2021. Elle résiste, relance, s’offre une seconde place en 23h28m48s. Une course solide, inspirante, qui confirme son statut parmi les grandes. Au-delà du podium, cette édition féminine a célébré des femmes venues du monde entier ont affronté la nuit, les éléments, et leurs propres limites. L’UTMB 2025, côté féminin, a prouvé une fois encore que la montagne révèle ce que l’on a de plus fort en soi.




UTMB



Ce que l’on retient ? Ce n’est pas seulement la victoire. C’est la beauté brute de l’effort. Le silence des crêtes, les cris des spectateurs transis, les regards échangés dans la nuit. L’UTMB, c’est une course qui dépasse le sport. C’est un manifeste. Une déclaration d’amour à la montagne, au dépassement de soi, à la vie.