Pour moi, c’était déjà une petite révolution. Partir au Vietnam sans réserver chaque hôtel des semaines à l’avance, sans verrouiller chaque étape, sans transformer le voyage en calendrier minuté. Juste un billet d’avion, une arrivée à Hô Chi Minh-Ville, un départ prévu depuis Hanoï et, entre les deux, suffisamment d’espace pour laisser la vie faire son travail. Quelques envies repérées sur une carte. Quelques villes entourées dans un carnet. Rien de plus. Et quelques jours plus tard, à Nha Trang, je comprends à quel point cette décision était la bonne. Il est 4 h 50 du matin. La plage est déjà éveillée. Des silhouettes marchent le long du rivage. D’autres enchaînent des mouvements de gymnastique face à la mer. Certains nagent déjà dans l’eau encore sombre. Puis, lentement, l’horizon se teinte d’orange. À 5 h 10, le soleil commence à émerger de la mer comme s’il remontait des profondeurs du monde. Le spectacle est silencieux, simple, presque banal pour ceux qui vivent ici. Pour nous, il est saisissant. Le Vietnam nous offre déjà une première leçon. Parfois, il faut arrêter de courir après ce qui était prévu et apprendre à regarder ce qui arrive.
L’histoire avait commencé bien avant notre arrivée. À Istanbul, notre correspondance devait être rapide. Une simple escale entre deux vols. Arrivée vers 23 heures, départ à 1 h 50. Finalement, nous ne décollerons qu’aux alentours de 5 h 30. Une nuit entière dans un aéroport. Sur le papier, un contretemps. Dans la réalité, le premier chapitre du voyage. C’est là que nous rencontrons Stéphane. Vietnamien installé en France depuis de nombreuses années, il reste profondément attaché à sa ville de cœur : Nha Trang. Quelques heures plus tard, dans l’avion, une seconde rencontre nous attend. Murad. Très vite, il devient „Kardeş“, „mon frère“ en turc, comme mon mari commence naturellement à l’appeler. À peine arrivés à Hô Chi Minh-Ville, Murad nous fait sortir des sentiers touristiques. Il nous emmène là où l’on mange vraiment, là où les habitants vivent, là où les guides ne s’arrêtent pas forcément. Les marchés remplacent les itinéraires classiques. Les discussions remplacent les listes de lieux à visiter. Nous n’avons pas encore commencé à remonter le pays que le voyage a déjà changé de direction. À cause d’un retard. Ou plutôt grâce à lui.
En août, la grande métropole du Sud vit au rythme de la saison des pluies. Une averse tropicale peut surgir sans prévenir. Tomber avec une violence spectaculaire. Puis disparaître presque aussitôt, laissant la chaleur reprendre possession de la ville. Mais ce qui frappe d’abord, c’est le mouvement, partout. Les scooters, les voitures, les klaxons, les vendeurs ambulants. Les odeurs de cuisine qui s’échappent des trottoirs, les marchés débordants de vie. Ici, rien ne semble connaître le bouton pause. Même traverser une avenue devient une expérience. On hésite, observe, puis on comprend. Il ne faut pas lutter contre le courant. On avance doucement, de manière régulière, et la circulation s’organise autour de nous. Au fil des heures, notre regard change. Parce qu’au Vietnam, un scooter raconte presque toujours une histoire. Un jeune couple. Une famille entière. Un bébé endormi. Une montagne de cartons. Des sacs gigantesques. Des paniers débordant de fruits. Des noix de coco empilées jusqu’au ciel. Nous pensions regarder la circulation. En réalité, nous observions la vie.



Nous rejoignons ensuite Nha Trang en bus-couchette de nuit. Contre toute attente, nous dormons remarquablement bien. Au petit matin, une annonce résonne dans les haut-parleurs. Impossible d’en comprendre le moindre mot, mais les sonorités de cette langue tonale ressemblent presque à une mélodie. Puis les rideaux s’ouvrent. Le décor a changé, ciel bleu et lumière éclatante. La mer apparaît. Contrairement à Hô Chi Minh-Ville, Nha Trang nous accueille avec ses journées lumineuses et son atmosphère balnéaire. Très vite, nous tombons sous le charme. La baie. les palmiers, les frangipaniers en fleurs, les ruelles paisibles. La lumière qui semble tout embellir. Et surtout, nous retrouvons Stéphane. Enfin… le Général. Car c’est ainsi que nous avons fini par le surnommer. Avec son épouse Tiên, il ne se contente pas de nous conseiller quelques adresses. Ils nous ouvrent les portes de leur région. Ils nous la racontent, nous la font vivre. Stéphane parle français. Tiên ne parle ni français ni anglais. Nous ne parlons pas vietnamien. Et pourtant, nous nous comprenons. Par les gestes et les sourires et par quelques traductions improvisées sur un téléphone. Certaines rencontres n’ont besoin d’aucune langue commune.
Avec le Général et Tiên, les journées prennent rapidement des allures d’aventure. Direction d’abord Yang Bay. À mesure que nous quittons la ville à scooter, les paysages deviennent plus sauvages. La route traverse une végétation tropicale luxuriante avant de déboucher sur des cascades, des bassins naturels et des sources chaudes. L’endroit permet également de découvrir une partie de la culture Raglai, peuple des régions montagneuses du centre-sud du Vietnam, dont les traditions continuent d’être valorisées ici. Quelques jours plus tard, nous embarquons pour Hoa Lan, l’île aux Orchidées. Dans cette baie parsemée d’îles, la nature semble avoir tous les droits. Des orchidées colorées bordent les chemins et des papillons virevoltent entre les arbres. Au détour d’une promenade apparaissent des autruches et même un éléphant. Puis vient Ba Ho. Trois bassins naturels cachés dans la roche. Pour les atteindre, il faut grimper, chercher ses appuis, parfois utiliser ses mains. Nous nous arrêtons finalement au premier lac. Et nous y restons longtemps. Très longtemps. L’eau fraîche de la cascade. La baignade, le calme… Puis soudain ces petits poissons qui viennent picorer les pieds et les jambes. Une fish pédicure. Version 100 % naturelle.
Ba Ho me réserve aussi un petit défi personnel. Une partie du parcours prend de la hauteur. Une hésitation, un instant de doute, et toute ma confiance vacille. Je tente pourtant d’avancer, mon mari m’encourage puis il finit par me rejoindre pour terminer le passage avec moi. Mission sauvetage activée, en claquettes. Une scène qui nous fera beaucoup rire ensuite. Parce que le lâcher-prise, finalement, ce n’est pas forcément avancer seule. C’est parfois accepté de continuer en sachant que quelqu’un veille discrètement à proximité.
Au Vietnam, nous découvrons également un luxe devenu rare : celui de ne rien faire. Les cafés ponctuent les journées. On s’y arrête pour quelques minutes. Puis une heure passe. Parfois davantage. Pour notre dernière soirée à Nha Trang, le Général nous emmène boire un verre face à la baie. Le lieu est d’une simplicité absolue. Quelques tables en plastique. De petites chaises colorées. Quelques cœurs lumineux accrochés en décoration. Rien qui mérite une photo dans un magazine de décoration. pourtant. Devant nous, la baie de Nha Trang scintille dans la nuit. Dans mes mains, une noix de coco fraîche. À cet instant précis, il ne manque absolument rien. C’est peut-être ce qui me touche le plus dans ce pays. Cette capacité permanente à marier le simple et l’extraordinaire.
Le Vietnam réserve aussi quelques surprises côté budget. À Nha Trang, nous logeons au Diamond Bay Hotel, face à la mer. Immense chambre. Grande baie vitrée. Deux piscines. Jacuzzi. Salle de sport. Petit-déjeuner impressionnant. Le tout pour environ 55 euros la nuit durant notre séjour. Quelques jours plus tôt, nous avions séjourné dans un excellent hôtel du centre-ville avec piscine sur le rooftop pour moins de 20 euros. Et il n’est pas rare de très bien manger pour quelques euros seulement. Bien sûr, ces sommes ne représentent pas la même réalité pour les habitants. Mais pour un voyageur européen, le rapport qualité-prix reste souvent étonnant. Pourtant, lorsque nous repenserons à ce voyage, ce ne sont pas les prix qui nous reviendront en mémoire. Ce seront les visages, les sourires, la disponibilité, la gentillesse et aussi l’immense générosité de Stéphane et Tiên. Ils ne nous ont pas seulement fait découvrir Nha Trang, ils nous l’ont fait aimer.
Dans mon programme initial figuraient Da Nang et Hoi An. J’avais tout de même conservé quelques réflexes d’organisatrice. Mais nous n’irons finalement ni dans l’une ni dans l’autre. Nous avons choisi de rester. Parce qu’à quoi bon p
Nha Trang pratique : les adresses et astuces que nous aurions aimé connaître avant d’arriver
Parce qu’un voyage réussi tient parfois à quelques bonnes adresses glissées au bon moment, voici notre carnet de bord de Nha Trang. Hôtels, transports, nature, gourmandises et petits conseils de terrain : tout ce que nous avons testé et approuvé au fil des jours.
Où dormir ?
Diamond Bay Hotel, notre coup de cœur face à la baie
C’est le genre d’hôtel qui vous fait vérifier plusieurs fois la réservation tant le rapport qualité-prix paraît improbable. Face à la mer, le Diamond Bay Hotel offre de vastes chambres baignées de lumière grâce à d’immenses baies vitrées, deux piscines, un jacuzzi, une salle de sport parfaitement équipée et un petit-déjeuner particulièrement généreux. Lors de notre séjour, nous avons payé environ 55 euros la nuit. À ce niveau de confort, difficile de trouver un meilleur rapport qualité-prix.
W Premium Nha Trang, la bonne surprise petit budget
En plein cœur de la ville, cet hôtel s’est révélé être une excellente option pour ceux qui privilégient l’emplacement. Avec sa piscine sur le rooftop et ses chambres confortables, il permet de profiter pleinement du centre-ville sans exploser le budget. Nous y avons séjourné pour environ 17 à 18 euros la nuit. Une vraie bonne affaire.
Se déplacer : Grab, votre meilleur allié
S’il y a une seule application à télécharger avant de partir au Vietnam, c’est probablement Grab. Le principe est simple : vous commandez une voiture, un scooter-taxi ou un taxi classique directement depuis votre téléphone. Le prix est affiché avant le trajet, ce qui évite les négociations parfois compliquées lorsqu’on ne parle pas la langue. À Hô Chi Minh-Ville, Hanoï ou Nha Trang, l’application nous a accompagnés partout. Notre conseil : installez-la et créez votre compte avant le départ. Vous gagnerez un temps précieux dès votre arrivée.
Payer : toujours avoir un peu de cash
Le Vietnam vit à l’heure du QR code. Dans les cafés, les restaurants, les boutiques et même chez certains petits commerçants, il suffit souvent de scanner un code pour régler son achat. C’est pratique, rapide et omniprésent. Mais ne commettez pas l’erreur de voyager sans espèces. Gardez toujours quelques dongs dans votre portefeuille. Ils vous seront utiles pour les petits achats, certains marchés ou les endroits où les solutions numériques ne sont pas acceptées.
Trois escapades nature à ne pas manquer
Ba Ho, notre coup de cœur aventure À environ 25 kilomètres au nord de Nha Trang, Ba Ho cache trois bassins naturels nichés au milieu des rochers. On y vient autant pour la baignade que pour la petite randonnée qui permet d’y accéder. L’eau est fraîche, les cascades magnifiques et l’ambiance beaucoup plus sauvage qu’en bord de mer. Petit conseil : prévoyez de bonnes chaussures si vous souhaitez poursuivre jusqu’aux bassins supérieurs. Yang Bay, au cœur de la végétation tropicale. Envie de changer du décor maritime ? Prenez la direction de Yang Bay. La route traverse une végétation luxuriante avant d’atteindre cascades, bassins naturels et sources chaudes. Une journée parfaite pour découvrir un autre visage de la région.
Hoa Lan, l’île aux Orchidées
Plus douce et plus contemplative, cette excursion mêle traversée en bateau, plage, végétation tropicale et sentiers fleuris. Un endroit idéal pour ralentir le rythme et profiter de la beauté naturelle de la baie de Nha Trang.
Chợ Đầm : le marché où l’on vient pour une chose… et où l’on repart avec dix
Pour ressentir le pouls de la ville, direction Chợ Đầm. Ce marché emblématique regorge de vêtements, souvenirs, produits locaux, fruits exotiques et petites échoppes en tout genre. Nous y avons déniché plusieurs bonnes affaires et passé beaucoup plus de temps que prévu. Ne repartez pas sans goûter un jus de canne à sucre fraîchement pressé. Sous la chaleur vietnamienne, c’est un vrai bonheur. Notre conseil : prenez le temps de comparer les stands avant d’acheter. Les prix peuvent varier d’une boutique à l’autre.
Le plaisir simple de découvrir de nouveaux fruits
Les marchés vietnamiens sont de véritables terrains de découverte. Mangues, fruits du dragon, ramboutans, longanes… Mais notre véritable révélation porte un nom : le mangoustan. Sous sa coque épaisse de couleur violette se cachent de délicats quartiers blancs, sucrés, parfumés et légèrement acidulés. Une merveille. Le plus simple reste encore d’acheter un fruit inconnu et de demander au vendeur comment le déguster. Vous découvrirez parfois des saveurs dont vous ignoriez totalement l’existence quelques minutes plus tôt.
Bien manger sans surveiller son budget
À Nha Trang, nous avons souvent déjeuné ou dîné pour l’équivalent de 2 à 3 euros par personne. Soupes parfumées, riz sautés, poissons fraîchement pêchés, fruits de mer, fondues vietnamiennes ou plats à partager : la diversité culinaire est impressionnante. Notre règle est devenue très simple : lorsqu’un restaurant est rempli de Vietnamiens, nous nous arrêtons. Jusqu’à présent, cette méthode nous a rarement déçus.
Le plus beau conseil ? S’arrêter
Au Vietnam, les cafés sont partout. Certains ressemblent à de véritables jardins tropicaux avec plantes luxuriantes et bassins de carpes koi. D’autres se résument à quelques chaises en plastique installées au bord d’une rue ou face à la mer. Et pourtant, ce sont souvent ces derniers que l’on retient. Commandez un café vietnamien, un thé au lotus ou simplement une noix de coco fraîche.
Regardez la vie passer.
À Nha Trang, certaines des plus belles adresses n’ont ni nom célèbre, ni décoration spectaculaire. Elles offrent simplement un moment. Nos 5 conseils avant de partir
1. Téléchargez Grab avant votre arrivée.
2. Gardez toujours quelques dongs sur vous, même si vous utilisez les paiements numériques.
3. Osez goûter les fruits que vous ne connaissez pas. Les plus belles découvertes sont souvent sur les étals des marchés.
4. Laissez au moins une journée sans programme. Les meilleures expériences naissent souvent d’une recommandation locale ou d’une rencontre imprévue.
5. Levez-vous une fois avant 5 heures du matin pour assister au réveil de Nha Trang. Voir la plage s’animer puis le soleil surgir de la mer reste l’un de nos plus beaux souvenirs.
Notre dernier conseil
Ne cherchez pas uniquement les lieux les plus photographiés ou les adresses les plus populaires sur les réseaux sociaux. À Nha Trang, certains de nos plus beaux souvenirs sont nés d’un conseil donné par un habitant, d’un scooter pris à la dernière minute, d’un arrêt improvisé au bord de la route ou d’une simple noix de coco partagée face à la baie.