Il y a des collaborations qui semblent écrites quelque part, dans un coin de médina ou sur un mur de stade. Celle entre Hassan Hajjaj et Achraf Hakimi appartient à cette catégorie. L’un est l’artiste pop marocain le plus iconique de sa génération, l’autre un champion d’Europe devenu symbole d’une jeunesse qui court vite et rêve grand. Ensemble, ils ont imaginé Juj, un espace éphémère ouvert à Casablanca, dont le nom signifie simplement deux. Deux univers, deux énergies, deux façons de raconter le Maroc. Juj n’est pas un café comme les autres. C’est un lieu où l’on vient autant pour boire un thé que pour respirer une ambiance, feuilleter une culture, sentir une communauté. Entre comptoir et boutique, on y trouve des snacks, des boissons, des pièces en édition limitée, des objets qui semblent sortir tout droit d’un film pop marocain. Le tout pensé comme un carrefour où tradition et modernité ne se regardent pas de loin, mais s’embrassent franchement.
L’ouverture accompagne la Coupe d’Afrique des Nations, que le Royaume accueille avec fierté. Pendant quatre semaines, Juj devient un petit centre névralgique, un endroit où l’on parle foot, musique, art, où l’on vit la CAN comme une fête continue. Une extension naturelle de Jajjah, le premier espace d’Hassan Hajjaj à Marrakech, devenu en trois ans un repère culturel incontournable.
Mais la rencontre entre Hassan Hajjaj et Achraf Hakimi ne s’arrête pas à un café. Elle se prolonge sur la pelouse, ou plutôt juste à côté, dans une paire de crampons qui a déjà fait couler beaucoup d’encre. Les Under Armour Shadow 3, créées spécialement pour le joueur, sont bien plus qu’un accessoire sportif. Ce sont trente paires seulement, façonnées à la main, calibrées à la pointure exacte du joueur, emballées dans des boîtes artisanales venues de Marrakech. Visuellement, elles frappent. Rouge et noir, lacets blancs, détails inspirés du sfifa, ce tressage délicat qui borde les djellabas. On dirait presque une pièce de costume, un clin d’œil à un Maroc qui se réinvente sans jamais renier ses racines. Hassan Hajjaj y glisse sa signature, ce mélange de pop, de tradition et d’audace qui transforme chaque objet en histoire. Techniquement, la chaussure reste fidèle à Under Armour : légèreté, maintien, réactivité. Mais ce qui fascine, c’est ce qu’elle raconte. Elle dit qu’un joueur peut porter son pays autrement qu’en chantant un hymne. Elle dit que le football n’est pas qu’un sport, mais un langage. Elle dit qu’un crampon peut devenir un symbole.
Bien avant qu’Achraf Hakimi ait foulé la pelouse de la CAN, blessure oblige, ses crampons ont déjà fait leur entrée. Ils ont circulé sur les réseaux, dans les conversations, dans les regards. Et derrière cette création, il y a aussi un geste social : les ventes seront reversées à sa fondation qui porte son nom, soutenant des projets éducatifs et sportifs pour les jeunes. Une manière de transformer un objet rare en opportunité concrète. Dans un monde où les collaborations entre marques et artistes se multiplient, celle-ci a quelque chose de plus intime. Elle ne cherche pas seulement à faire joli ou à faire parler. Elle raconte un pays, une identité, une fierté. Elle montre comment un joueur peut utiliser son image pour transmettre autre chose qu’un score.
Sur la pelouse de la CAN, quand Achraf Hakimi entrera enfin en jeu, ses crampons ne seront pas seulement un outil de performance. Ils seront un morceau du Maroc, un fragment d’histoire, un pont entre un artiste et un athlète, entre un pays et un continent.

