Rolland Courbis n’a jamais vraiment quitté Marseille. Même quand il jouait ailleurs, même quand il entraînait à l’autre bout du pays, il gardait dans la voix ce soleil brut, cette gouaille qui sentait la Méditerranée et les terrains poussiéreux des quartiers nord. C’est là qu’il a appris le football, pas dans une école de tacticiens, mais dans la rue, là où l’on joue pour exister, pour se faire respecter, pour se faire aimer. À 16 ans, l’OM le propulse chez les pros. Le gamin devient champion de France en 1972. Il n’a pas encore 20 ans, mais déjà cette assurance tranquille, ce mélange de malice et de lucidité qui deviendra sa marque de fabrique. Puis viennent Sochaux, Monaco, Toulon et trois titres de champion. Une carrière solide, sans fioritures, mais avec cette constance rare des joueurs qui comprennent le jeu avant de le théoriser.




Quand il passe sur le banc, Courbis ne devient pas un autre homme. Il reste fidèle à lui-même. Direct. Instinctif. Humain. Il parle aux joueurs comme on parle à des frères. Il les secoue, les protège, les provoque, les rassure. Il sait que le football se joue autant dans la tête que dans les jambes. À Marseille, il devient une figure. Un chef d’orchestre du chaos. Un homme capable de transformer un vestiaire en volcan prêt à exploser au bon moment. La finale de Coupe UEFA 1999 reste un monument. Et puis il y a ce match fou contre Montpellier, ce 5 à 4 sorti de nulle part. Mené 4 à 0 à la pause, il annonce qu’il va gagner. Pas pour faire le spectacle. Parce qu’il le sent. Parce qu’il connaît ses joueurs. Parce qu’il sait que le football est un sport où la folie peut devenir une stratégie.
Il avait ce talent rare de voir l’homme derrière le joueur. Quand il repère un jeune milieu de terrain timide à Cannes, il lui donne un surnom qui deviendra mythique : Zizou. Un geste simple, presque anodin, mais qui dit tout de sa manière d’être. Donner un surnom, pour lui, c’était donner une place, une reconnaissance, une affection. Il fait venir Zinedine Zidane à Bordeaux. Il croit en lui avant tout le monde. Il sent le joueur, le caractère, la trajectoire. Roland Courbis avait ce flair-là, celui des entraîneurs qui ne lisent pas les statistiques mais les regards.





Quand il devient consultant, il ne joue pas un rôle. Il reste lui-même. Sa voix roule comme une vague. Ses analyses sont des histoires. Ses images sont parfois improbables, souvent drôles, toujours vivantes. On ne l’écoutait pas pour entendre une vérité absolue. On l’écoutait pour entendre du football raconté par un homme qui l’aimait profondément. Sur RMC, puis sur L’Équipe du Soir, il devient une figure incontournable, une voix familière, une présence, un personnage. Il pouvait parler d’un match comme d’un souvenir d’enfance, avec cette chaleur qui donnait envie de s’asseoir et d’écouter.
Roland Courbis n’a jamais prétendu être un saint. Il a connu les affaires, les condamnations, les excès. Il a chuté, il a payé, il a rebondi. Toujours. Parce qu’il avait cette énergie brute, cette passion qui ne s’éteignait jamais. Parce qu’il savait que la vie, comme le football, est faite de fautes, de rebonds, de secondes chances. Il avançait, il revenait, il parlait vrai. Et c’est peut-être pour ça qu’il était si aimé : il ressemblait aux gens, avec ses forces, ses failles, ses éclats…
Depuis l’annonce de sa disparition, le football français semble parler un peu moins fort. Comme si l’accent marseillais de Coach Courbis avait laissé un vide sonore. Les clubs, les joueurs, les supporters, les journalistes saluent un homme qui aura marqué plusieurs générations. Un entraîneur charismatique. Un conteur. Un passionné, Rolland Courbis n’était pas seulement un acteur du football français. Il en était une couleur, une musique, une respiration. Et aujourd’hui, cette respiration s’est arrêtée. Mais son écho, lui, continuera longtemps de vibrer dans les stades, les radios, les souvenirs.





Clubs entrainés par Rolland Courbis
FC Série 34
SM Caen
Stade Rennais FC
Montpellier Hérault SC
USM Alger
FC Sion
Niger
Montpellier Hérault SC
AC Ajaccio
Spartak-Alania Vladikavkaz
Al-Wahda FC Al-Wahda
AC Ajaccio
Objectif RC
Olympique de Marseille
Toulouse FC Toulouse
FC Girondins de Bordeaux
US Marseille Endoumé
Sporting Club de Toulon et du Var