Glamour, Paillettes et Abîmes : Les Mondes Redécouverts de Rolf von Bergmann

Glamour, Paillettes et Abîmes : Les Mondes Redécouverts de Rolf von Bergmann

Rolf von Bergmann, Ohne Titel (Klaus Nomi), New York 1979 © Berlinische Galerie / VG Bild-Kunst, Bonn 2026

Le Berlin des années 1970 et 1980 était un biotope pour les insoumis, un laboratoire de l’identité et de l’excès éclairé au néon. Au cœur de ce tumulte : Rolf von Bergmann (1953–1988). Alors que des noms comme Helmut Newton ou Nan Goldin dominent depuis longtemps le canon de l’histoire de la photographie, l’œuvre de von Bergmann est restée, durant des décennies, le secret le mieux gardé de l’underground. À partir du 26 février 2027, la Berlinische Galerie corrige cette injustice avec une rétrospective d’envergure, plaçant enfin cet artiste d’exception sous les projecteurs.

Entre Berlin-Ouest et le Studio 54

Rolf von Bergmann n’était pas un simple observateur ; il faisait partie intégrante de la scène qu’il documentait. Son appareil photo était un laissez-passer pour les cercles les plus exclusifs et, parallèlement, les plus sulfureux, entre la ville du Mur et la métropole scintillante de New York. L’exposition présente environ 160 œuvres issues de sa succession, dessinant le portrait d’une époque où l’art, la mode et la sous-culture queer radicale étaient indissociables.

Icônes à nu

Von Bergmann possédait ce don rare de briser la distance entre la star et l’objectif. Ses clichés de Klaus Nomi juste avant d’entrer en scène capturent une concentration presque sacrale. Il a accompagné la jeune Nina Hagen au légendaire Studio 54 et s’est glissé dans les coulisses des cabarets transformistes, là où la frontière entre la mise en scène et la réalité brute s’efface.

À la Berlinische Galerie, nous croisons les portraits de figures cultes telles que Divine, le réalisateur de l’obscène John Waters ou l’icône punk Debbie Harry. Pourtant, le regard de von Bergmann ne s’arrêtait pas à la célébrité ; il se passionnait pour les moments « backstage » — ces instants fugaces de fatigue, de métamorphose et de solidarité intime au sein de la communauté queer.

Un témoignage historique sous tension

Les photographies sont complétées par des œuvres de contemporains, transformant l’exposition en une étude de mœurs d’une densité rare. C’est un voyage dans un temps d’avant la gentrification, où la scène club était encore un lieu d’émancipation politique et sexuelle. L’œuvre de Rolf von Bergmann est aussi une course contre la montre : sa disparition précoce en 1988 marque la fin d’une ère profondément bouleversée par la crise du sida et les mutations sociales.

Le verdict de la rédaction

La Berlinische Galerie prouve une fois de plus son talent pour raconter l’histoire visuelle de Berlin. « Rolf von Bergmann. Photographie » n’est pas une simple célébration nostalgique, mais un hommage puissant à la visibilité de la marge. Un rendez-vous incontournable pour quiconque souhaite comprendre le Berlin d’aujourd’hui en s’immergeant dans la liberté radicale d’hier.


Informations Pratiques

Titre : Rolf von Bergmann. Photographie.

Dates : Du 26 février 2027 au 13 septembre 2027.

Lieu : Berlinische Galerie – Musée d’art moderne, de photographie et d’architecture, Alte Jakobstraße 124–128, 10969 Berlin.

Contenu : Environ 160 photographies et œuvres complémentaires de contemporains.

Rolf von Bergmann, Ohne Titel (Klaus Nomi), New York 1979 © Berlinische Galerie / VG Bild-Kunst, Bonn 2026

Glamour, Glitzer, Abgrund: Die wiederentdeckten Welten des Rolf von Bergmann

Berlin in den 1970er und 80er Jahren war ein Biotop der Unangepassten, ein neonbeleuchtetes Laboratorium für Identität und Exzess. Mittendrin: Rolf von Bergmann (1953–1988). Während Namen wie Helmut Newton oder Nan Goldin längst den Kanon der Fotogeschichte dominieren, blieb das Werk von Bergmanns lange Zeit ein gut gehütetes Geheimnis des Untergrunds. Ab dem 26. Februar 2027 ändert die Berlinische Galerie das mit einer umfassenden Werkschau, die diesen Ausnahmekünstler erstmals ins verdiente Rampenlicht rückt.

Zwischen West-Berlin und Studio 54

Rolf von Bergmann war nicht bloß Beobachter; er war Teil der Szene, die er dokumentierte. Seine Kamera war der Passierschein in die exklusivsten und gleichzeitig verruchtesten Zirkel zwischen der geteilten Mauerstadt und der schillernden Metropole New York. Die Ausstellung präsentiert rund 160 Arbeiten aus seinem Nachlass und zeichnet das Bild einer Ära, in der Kunst, Mode und radikale queere Subkultur untrennbar miteinander verschmolzen.

Ikonen ungeschminkt

Von Bergmann besaß die seltene Gabe, die Distanz zwischen Star und Linse aufzulösen. Seine Aufnahmen von Klaus Nomi kurz vor dem Auftritt fangen eine fast sakrale Konzentration ein. Er begleitete eine junge Nina Hagen ins legendäre Studio 54 und blickte hinter die Kulissen der Travestie-Cabarets, wo die Grenze zwischen Inszenierung und nackter Realität verschwimmt.

In der Berlinischen Galerie treffen wir auf Porträts von Kult-Figuren wie Divine, den Regisseur des Obszönen John Waters oder die Punk-Ikone Debbie Harry. Doch von Bergmanns Fokus lag nicht nur auf dem Ruhm; ihn interessierten die „Backstage-Momente“ – jene flüchtigen Augenblicke der Erschöpfung, der Verwandlung und der intimen Gemeinschaft innerhalb der queeren Community.

Ein Zeitzeugnis der Zerreißprobe

Ergänzt werden die Fotografien durch Werke von Zeitgenoss*innen, was die Schau zu einer dichten Milieustudie macht. Es ist eine Reise in eine Zeit vor der Gentrifizierung, in der die Clubszene noch ein Ort der politischen und sexuellen Emanzipation war. Rolf von Bergmanns Werk ist dabei immer auch ein Wettlauf gegen die Zeit: Sein früher Tod 1988 markiert das Ende einer Ära, die durch die AIDS-Krise und den gesellschaftlichen Wandel tiefgreifend erschüttert wurde.

Die Berlinische Galerie beweist einmal mehr ihr Gespür für die „Visual History“ Berlins. „Rolf von Bergmann. Fotografie“ ist keine bloße Nostalgie-Veranstaltung, sondern eine kraftvolle Hommage an die Sichtbarkeit des Abseitigen. Ein Muss für alle, die das Berlin von heute verstehen wollen, indem sie in die radikale Freiheit von gestern eintauchen.