Pour cette saison, Robert Wun poursuit son exploration d’une haute couture où l’ironie se glisse dans les plis du fantastique. Les volumes semblent empruntés à des héros de dessins animés, les matières évoquent des pages de livres illustrés, et les accessoires jouent avec l’échelle comme dans un rêve d’enfant. Mais derrière cette fantaisie assumée, le créateur revendique une intention plus profonde. „Je n’ai jamais voulu créer une œuvre perçue comme sombre ou sérieuse“, confie-t-il. „J’ai pris l’enfance comme point d’ancrage… mais pas avec le regard d’un enfant. C’est la vision d’un adulte qui a perdu son enfance, et qui s’interroge sur notre place dans le monde, face au passé.“
Cette nuance donne à la collection une tonalité particulière : une joie teintée de mélancolie, un jeu traversé de questions. Les silhouettes masculines et les costumes brouillent les frontières du genre, rappelant le goût du créateur pour l’ambiguïté et les identités mouvantes. Les personnages qui défilent semblent avancer entre deux âges, comme s’ils tentaient de retrouver une innocence enfuie tout en portant le poids du temps. La couture devient alors un espace de transition, un lieu où l’on interroge ce qui demeure de l’enfance lorsque l’adulte prend toute la place.
„Jeux d’enfants“ n’est pas une régression, mais une réflexion sensible. Robert Wun transforme la nostalgie en textile, les souvenirs en volumes, les émotions en silhouettes. En convoquant Hayao Miyazaki, les contes et les fantômes du passé, il signe une collection qui parle autant de l’imaginaire que de la perte, autant du jeu que de la mémoire. Une couture qui, sous ses airs de fable, questionne ce que l’on garde de l’enfance et ce que l’on laisse derrière soi.