Cette saison, Prada ne raconte pas une femme. Elle en raconte mille. Celles qui courent, qui jonglent, qui pensent trop vite, qui vivent trop fort. Celles qui superposent un pull sur une robe parce qu’il fait froid, ou parce que ça leur plaît. Celles qui n’ont pas peur d’être contradictoires. Dans le défilé milanais, cette complexité prend forme dans des silhouettes qui semblent construites par couches successives, comme si la vie elle-même avait posé les vêtements un par un. Des cuirs épais côtoient des jupes transparentes. Des pulls massifs se glissent sous des robes délicates. Des trenchs classiques s’ouvrent sur des doublures bijoux. Rien n’est lisse. Tout est vivant.
Le show s’ouvre sur une série de manteaux cintrés, légèrement raccourcis, portés avec des foulards arc-en-ciel, des poignets XXL, des cravates en fausse fourrure. Un manteau se superpose à une parka jaune vif, presque comme un gilet de sauvetage. Clin d’œil à Miuccia Prada, plusieurs mannequins ferment leur manteau d’une seule main, ce geste devenu signature. L’uniforme fétiche de la créatrice, le duo pull et jupe midi, revient lui aussi, mais twisté, bousculé, réinventé. Aux pieds, des escarpins pastel à petits talons, incrustés de mini-cristaux façon lustre, portés avec des chaussettes tout aussi décorées. Une audace tranquille, presque insolente.
Pour comprendre cette collection, il fallait regarder les couches. Les accumulations. Les collisions. Les vêtements semblaient raconter une urgence, une spontanéité, un besoin de dire beaucoup en même temps. Une robe rose délicatement décollée laissait apparaître une écharpe rayée XXL. Des plis volontaires, des déchirures assumées, des pans de tissu qui s’échappent comme des pensées trop rapides. La déconstruction n’était jamais froide. Elle était ponctuée de fantaisie : imprimés floraux transparents, jupes perlées superposées, éclats de couleurs inattendus. Et pour couronner le tout, une coiffure décoiffée, signature Prada, comme si les mannequins sortaient d’une journée trop pleine, trop belle, trop intense.
Ailleurs, des robes inspirées des années 50 se retrouvaient traversées par une fermeture éclair plongeante, héritage du style sportif de Raf Simons. Les chemises s’ouvraient largement. Les shorts et crop tops révélaient des couches transparentes. Tout semblait dire : rien n’est figé, tout peut se transformer au fil de la journée. Prada décrit cette collection comme le reflet des réalités multiples des femmes. Une mode qui accompagne, qui s’adapte, qui raconte. Une mode qui ne cherche pas la perfection, mais la vérité.
À l’heure où l’intelligence artificielle façonne des images impeccables, Prada prend le contre-pied. La maison revendique l’imperfection, l’accident, le geste humain. Ces superpositions chaotiques, ces plis volontaires, ces associations improbables sont autant de preuves d’une créativité qui refuse les algorithmes. La collection automne 2026 de Prada célèbre ce que seule la main humaine peut produire : des erreurs magnifiques, des contrastes inattendus, des émotions brutes. Une mode qui respire, qui trébuche, qui s’élève.
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