Pour son ultime Big Air olympique, Anna Gasser a tenté un triple cab 1260, puis un double backside 1080 Japan d’une propreté presque irréelle. Mais la discipline a changé de dimension. Les jeunes concurrentes enchaînent désormais les 1440 et même les 1620, comme si la gravité avait décidé de leur accorder un sursis. Revenue d’un accident de surf en 2025, la championne autrichienne l’a reconnu sans détour : „Le niveau a explosé, et c’est une bonne chose pour le sport. J’ai tout donné dès le premier saut. Une troisième médaille d’or aurait été presque surnaturelle.“ Le podium du jour a couronné la rideuse japonaise Kokomo Murase, suivie de la néo-zélandaise Zoi Sadowski Synnott et de la sud-coréenne Seungeun Yu. Anna Gasser, elle, a quitté l’aire d’arrivée sous une ovation qui disait tout : la gratitude, l’admiration, et ce pincement au cœur que provoquent les fins de chapitre.
Avant d’être une star, Anna Gasser était une gymnaste de Carinthie. À 18 ans, elle a tout quitté pour le snowboard. Dix ans plus tard, elle devenait la première femme à réussir un „Cab Double Cork 900“, puis un „Cab Double Cork 1260“. Des figures que l’on disait impossibles. Elle les a rendues évidentes. Deux titres olympiques (2018, 2022), des X Games à la pelle, et surtout une influence immense sur la nouvelle génération. La jeune snowboardeuse britannique Mia Brookes, 16 ans, déjà auteure de 1620, le dit sans détour : „Anna reste notre modèle à toutes.“ Son documentaire, „The Spark Within“, montre une athlète entière, drôle, vulnérable, acharnée. Une femme qui tombe, qui pleure, qui rit, et qui recommence.
Anna Gasser n’en a pas fini avec les Jeux. Il lui reste le slopestyle, les 16 et 17 février à Livigno. Une dernière chance de médaille, peut-être. Une dernière danse, sûrement. „Je ne quitte pas le snowboard, je tourne simplement une page“, dit-elle. „Mon histoire avec la glisse continue, autrement.“ Quoi qu’il arrive, Anna Gasser restera celle qui a fait voler plus haut le snowboard féminin. Celle qui a repoussé les limites jusqu’à les rendre floues. Celle qui a montré qu’on pouvait réinventer un sport avec un sourire et un saut dans le vide. Prochain rendez-vous : la finale de slopestyle, lundi 16 février à 10h30.