Le décor est un rêve en blanc. Des hortensias à perte de vue, un jardin YSL où le logo mythique devient motif floral. On pense à Cassandre, à Laetitia Casta en bikini de roses, à l’exubérance des années 90. Mais ici, la douceur du décor est un leurre. Car ce que le créateur belge fait défiler, ce sont des guerrières. Elles arrivent en cuir noir, épaules carrées, allure conquérante. Robert Mapplethorpe rôde, discret mais présent. Les silhouettes sont tendues, presque agressives, comme des armures modernes. Puis, sans prévenir, le cuir cède la place à des robes parachutes aux couleurs vives, à des trenchs qui flottent comme des drapeaux. C’est la « Rive Gauche » qui revient, mais avec une ironie douce. Une manière de dire que la liberté ne se porte pas, elle se revendique.
Le dernier acte est un feu d’artifice silencieux. Des robes de princesses, volumineuses, théâtrales, presque irréelles. On pense à Marie-Antoinette, à Madame X, à la duchesse de Guermantes. Mais ces femmes-là ne se tiennent pas droites dans un salon. Elles marchent vite. Elles traversent le podium comme on traverse une époque. Le tissu technique balaie l’air, les pans flottent derrière elles comme des souvenirs. Anthony Vaccarello ne cherche pas à séduire. Il cherche à provoquer. À interroger. À faire de la mode un langage. Et dans ce langage, chaque robe est une phrase, chaque silhouette une idée.
Ce défilé est une ode à la complexité. À la femme qui ne choisit pas entre force et douceur, entre désir et distance. Elle est tout à la fois. Elle est Belle de jour et Marie-Antoinette, elle est muse et stratège. Et surtout, elle est libre. Dans un monde où les archétypes féminins se figent à nouveau, où la tradwife ressurgit comme un fantôme conservateur, Vaccarello oppose des figures mouvantes, insaisissables, puissantes. Il ne propose pas une mode. Il propose une posture. Une manière d’être au monde.
Ce printemps/été 2026, Yves Saint Laurent ne fait pas du bruit. Il fait de l’écho. Et dans ce jardin d’hortensias, entre cuir et soie, entre icônes et anonymes, il rappelle que la mode peut être un acte. Un geste. Une révolte. Une caresse. Un cri. Et que parfois, les reines ne portent pas de couronne. Elles portent du Anthony Vaccarello.
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