Le cerf‑volant n’est pas un motif, mais une colonne vertébrale. Il structure les silhouettes, guide les volumes, inspire les lignes. On sent cette tension invisible entre la terre et l’air, entre l’ancrage et l’envol. Les pièces semblent construites pour dialoguer avec le vent, comme si chaque robe attendait le moment précis où elle pourrait se détacher du sol. Le théâtre, si cher au duo, se fait ici étonnamment portable. Les constructions sont audacieuses, mais jamais gratuites. On devine derrière chaque angle, chaque pli, une ingénierie discrète qui laisse la poésie prendre toute la place.
La collection avance en deux mouvements. D’abord, le noir. Dense, sculptural, presque monumental. Un noir qui dessine, qui cadre, qui impose. « Le noir est la meilleure couleur pour les silhouettes », rappellent Viktor&Rolf. Et c’est vrai : il donne aux volumes une autorité tranquille, une précision presque architecturale. Puis viennent les couleurs. Des éclats soudains, des nuages de tulle, des transparences légères comme des dessins au crayon. Ces touches chromatiques ont la spontanéité de l’enfance, mais leur orchestration est d’une maîtrise absolue. Rien n’est naïf, tout est intention.
Le dernier look est une apothéose douce. Un hommage à la pochette mythique de Kate Bush, muse fondatrice du duo. Le vêtement semble flotter, comme pris dans un courant ascendant. Ni totalement ancré, ni totalement envolé. Juste dans cet entre‑deux où l’imaginaire prend feu. C’est l’image parfaite de „Diamond Kite“ : un équilibre fragile entre gravité et légèreté, entre rigueur et abandon. Une couture qui ne cherche pas à dominer le réel, mais à le dépasser, l’espace d’un instant.
Ludique sans être frivole, conceptuelle sans être froide, la collection rappelle que la haute couture peut encore être un art de l’échappée. Viktor&Rolf transforment les courants invisibles de l’imagination en formes tangibles. Ils redonnent au vêtement sa capacité première : celle de faire rêver. „Diamond Kite“, ou l’art de faire tenir un rêve par un simple fil Et dans ce rêve, on sent le vent. On sent l’élan. On sent, surtout, cette petite vibration intérieure qui dit qu’on pourrait, peut‑être, s’élever un peu.
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