Le premier acte avait la douceur d’un rêve encore intact. „Bibliothèque“ plongeait dans les archives personnelles de Wun, ses croquis d’étudiant, ses premières intuitions. Les silhouettes monochromes semblaient découpées dans du papier : épaules arrondies, corsets galbés, lignes précises comme des études de formes. Une atmosphère studieuse, presque silencieuse, où l’on sentait la naissance d’une idée avant qu’elle ne soit déformée par le monde.
Puis la lumière s’est assombrie. L’orage grondait au-dessus du Lido, et la collection basculait dans „Luxe“ , un chapitre plus dur, plus lucide. Les mannequins avançaient masqués, leurs visages dissimulés sous des éclats de cristal. Comme si l’industrie imposait une armure. Les robes, inspirées des écrins de haute joaillerie, mêlaient corsages rigides et traînes fluides. C’était beau, mais c’était un aveu, celui du créateur qui découvre que le rêve doit composer avec les attentes, les pressions, les compromis.
Le dernier acte ressemblait à un champ de bataille. Les silhouettes étaient transpercées de flèches et d’épées, comme si Robert Wun avait dû se transformer en guerrier pour défendre la pureté de sa vision. Mais aucune défaite ne planait. Au contraire. La scène s’est ouverte sur une robe de bal céleste, scintillante, presque cosmique. Une robe qui semblait contenir des galaxies entières. Le triomphe après la tempête. L’idée devenue forme. Le rêve devenu matière.
Ce défilé n’était pas seulement spectaculaire. Il était profondément humain. On ne voyait pas seulement les vêtements, mais l’homme derrière. Ses peurs, ses élans, sa ténacité. Et c’est ce qui a touché le public: cette sensation rare d’être compris, d’être vu.
Robert Wun a rappelé que créer, c’est accepter de traverser des tempêtes. Mais aussi que, parfois, au bout du chemin, une lumière inattendue surgit. Une lumière qui dit : „Continuez. Rêvez encore. Et surtout, ne renoncez pas à vous-même.“