Cette saison, Loewe ne présente pas seulement un défilé, mais une mise en scène. Au cœur du château de Vincennes, le duo américain a imaginé une structure circulaire inspirée des amphithéâtres, des arènes et des théâtres historiques. Les mannequins évoluent au centre d’un dispositif où chaque regard converge vers l’expérience humaine. L’idée est simple mais forte : replacer le vêtement au cœur d’un spectacle vivant, collectif, où mode et émotion se rencontrent.
Depuis leur arrivée chez Loewe, Jack McCollough et Lazaro Hernandez dessinent un univers différent de celui de Jonathan Anderson. Là où l’ancien directeur artistique cultivait l’étrangeté et la collection d’objets rares, les fondateurs de Proenza Schouler racontent une Espagne vécue à travers un regard américain. Leur récent voyage à Madrid, Saint-Sébastien, Bilbao ou encore Ségovie irrigue cette collection. On y retrouve le soleil, l’artisanat, la mer, les couleurs franches et le goût des matières travaillées à la main.
Dès les premiers passages, le ton est donné. Les mini-jupes ballon ressemblent à des feuilles de papier empilées. Les robes droites s’habillent de cols plastifiés rouge incendie ou or brillant. Les jupes translucides flottent autour du corps tandis que les robes fleuries se fendent en leur centre comme des corolles qui s’ouvrent. Toute la collection joue avec cette idée de déploiement. Un vêtement se plie, se froisse, puis s’épanouit. Les tailles se resserrent avant de libérer le volume. Les pantalons masculins s’ouvrent eux aussi, révélant un travail de construction qui interroge le rapport entre le vêtement et le corps.
La palette évoque la fin de l’été. Jaunes citron, bleus éclatants, verts lumineux, rayures multicolores et nuances naturelles se croisent dans un dialogue permanent. Les matières multiplient les effets de surprise. Le cuir semble débarrassé de ses coutures. Certains hauts ressemblent à de l’éponge avant de révéler une texture veloutée. Les transparences côtoient les volants, tandis que les fleurs en trois dimensions viennent ponctuer robes, mini-shorts et accessoires. Même les pièces les plus classiques se prêtent au jeu. Un tailleur devient désirable grâce à un col retravaillé ou à un éclat de couleur inattendu. Un trench raccourci ou un bomber prennent soudain une dimension presque sculpturale.
Ce qui séduit dans cette collection, c’est sa capacité à conjuguer expérimentation et désir. Les formes sont audacieuses sans être intimidantes. Les constructions sont sophistiquées mais conservent une réelle légèreté. À mesure que la musique ralentit et que les silhouettes défilent, une impression demeure : celle d’un long après-midi d’été qui s’étire doucement vers le soir. Un instant suspendu où la mode cesse d’être démonstration pour redevenir plaisir. Avec ce 3ᵉ défilé, Jack McCollough et Lazaro Hernandez affirment un peu plus leur vision pour Loewe : une mode cultivée, artisanale et profondément humaine, mise en scène comme une pièce de théâtre dont chaque vêtement raconte sa propre histoire.
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