Tout est né d’une confusion. La presse avait décrit son compagnon comme une “femme”. Au lieu de rectifier, Gupta a choisi de s’interroger. Pourquoi ce besoin de nommer, de trancher, de ranger ? Pourquoi cette obsession de la frontière ? Sa réflexion l’a ramené à l’Advaita, cette philosophie indienne qui affirme que tout est un, que les oppositions ne sont que des illusions. Sur le podium, cette pensée prenait forme. Les silhouettes s’enroulaient comme des spirales vivantes. Certaines se dédoublaient. D’autres se reliaient. Deux mannequins avançaient enlacés par une dentelle nerveuse, comme deux consciences qui se reconnaissent. Des robes noires dessinaient des réseaux internes, cartographiant un système nerveux imaginaire. Le vêtement devenait une extension du corps, une peau supplémentaire, une pensée matérialisée.
Puis la collection glissait vers une forêt rêvée. Une forêt où la vie et la mort cohabitent sans hiérarchie. Le mogra, jasmin sacré, apparaissait comme une structure organique dans des robes de mariée sculpturales. Ici, la mariée n’était plus une figure sociale, mais un symbole de renaissance. Une métamorphose intime. Plus loin, Gaurav Gupta remontait aux origines. Des surfaces extraterrestres, des résines hybrides, une robe cosmique composée de plus de 2 000 fragments irisés. On avait l’impression de voir une nébuleuse prendre forme, comme si la couture tentait de saisir l’instant où la matière décide d’exister.
Le dernier mouvement faisait éclater la chronologie. Des mécanismes d’horlogerie déconstruits, des réseaux orbitaux, plus de 30 000 cristaux Preciosa qui vibraient comme des particules en suspension. Le temps n’était plus une ligne, mais une pulsation. Au centre de cette constellation, un corset monumental inspiré des statues de temple. Figé, mais traversé d’une énergie presque respirante. Une pièce qui semblait hésiter entre l’immobilité sacrée et le mouvement cosmique.
Avec „The Divine Androgyne“, Gaurav Gupta signe une collection qui refuse les certitudes. Une couture consciente, mouvante, qui ne fige rien. Chez lui, tout est en devenir. Tout glisse, tout se transforme, tout se relie. Sa beauté ne tient pas seulement à la virtuosité technique, mais à cette sensation rare que le vêtement peut devenir un état de conscience. Une manière de dire que la non‑dualité n’est pas un concept abstrait, mais une expérience à vivre. Et sur ce podium, elle respirait.