FASHIONWEEK DE PARIS DÉFILÉ GAURAV GUPTA HAUTE COUTURE PRINTEMPS/ÉTÉ 2026 : Gaurav Gupta, sculpteur d’âmes et d’ambiguïtés

FASHIONWEEK DE PARIS DÉFILÉ GAURAV GUPTA HAUTE COUTURE PRINTEMPS/ÉTÉ 2026 : Gaurav Gupta, sculpteur d’âmes et d’ambiguïtés

À Paris, pour cette saison printemps‑été 2026, Gaurav Gupta n’a pas seulement présenté „The Divine Androgyne“. Il a ouvert un passage. Un passage entre les corps et les idées, entre le visible et l’invisible, entre ce que l’on croit être et ce que l’on devient. Sa collection ressemblait moins à un défilé qu’à une traversée intérieure, une méditation en mouvement où chaque silhouette semblait porter une question plutôt qu’une réponse. Par Agnès Wuyam

Photos : Gaurav Gupta/DR

Un malentendu qui devient manifeste

Tout est né d’une confusion. La presse avait décrit son compagnon comme une “femme”. Au lieu de rectifier, Gupta a choisi de s’interroger. Pourquoi ce besoin de nommer, de trancher, de ranger ? Pourquoi cette obsession de la frontière ? Sa réflexion l’a ramené à l’Advaita, cette philosophie indienne qui affirme que tout est un, que les oppositions ne sont que des illusions. Sur le podium, cette pensée prenait forme. Les silhouettes s’enroulaient comme des spirales vivantes. Certaines se dédoublaient. D’autres se reliaient. Deux mannequins avançaient enlacés par une dentelle nerveuse, comme deux consciences qui se reconnaissent. Des robes noires dessinaient des réseaux internes, cartographiant un système nerveux imaginaire. Le vêtement devenait une extension du corps, une peau supplémentaire, une pensée matérialisée.

Une nature qui respire, se décompose et renaît

Puis la collection glissait vers une forêt rêvée. Une forêt où la vie et la mort cohabitent sans hiérarchie. Le mogra, jasmin sacré, apparaissait comme une structure organique dans des robes de mariée sculpturales. Ici, la mariée n’était plus une figure sociale, mais un symbole de renaissance. Une métamorphose intime. Plus loin, Gaurav Gupta remontait aux origines. Des surfaces extraterrestres, des résines hybrides, une robe cosmique composée de plus de 2 000 fragments irisés. On avait l’impression de voir une nébuleuse prendre forme, comme si la couture tentait de saisir l’instant où la matière décide d’exister.

 

Photos : Gaurav Gupta/DR

Le temps se fissure, la couture devient orbite

Le dernier mouvement faisait éclater la chronologie. Des mécanismes d’horlogerie déconstruits, des réseaux orbitaux, plus de 30 000 cristaux Preciosa qui vibraient comme des particules en suspension. Le temps n’était plus une ligne, mais une pulsation. Au centre de cette constellation, un corset monumental inspiré des statues de temple. Figé, mais traversé d’une énergie presque respirante. Une pièce qui semblait hésiter entre l’immobilité sacrée et le mouvement cosmique.

Photos : Gaurav Gupta/DR

Une couture qui ne cherche pas à plaire, mais à éveiller

Avec „The Divine Androgyne“, Gaurav Gupta signe une collection qui refuse les certitudes. Une couture consciente, mouvante, qui ne fige rien. Chez lui, tout est en devenir. Tout glisse, tout se transforme, tout se relie. Sa beauté ne tient pas seulement à la virtuosité technique, mais à cette sensation rare que le vêtement peut devenir un état de conscience. Une manière de dire que la non‑dualité n’est pas un concept abstrait, mais une expérience à vivre. Et sur ce podium, elle respirait.

Photos : Gaurav Gupta/DR