Le podium baignait dans une lumière de lune artificielle, presque liquide. Les teintes blush, bronze et sable du désert glissaient sur les silhouettes comme des ombres chaudes. On aurait dit un coucher de soleil qui refusait de mourir. Ces couleurs, déjà omniprésentes cette semaine à Paris, trouvaient ici une profondeur nouvelle, comme si Elie Saab les avait trempées dans ses propres souvenirs.
Autant de mode que de mémoire.
Né en 1964, le créateur a grandi dans un Liban vibrant, où les années 70 avaient encore le goût de la liberté. On sentait, dans chaque robe, l’écho de cette jeunesse. Une époque où les femmes portaient des foulards fins, des franges qui dansaient, des gilets ouverts qui laissaient deviner la peau. Une époque où l’on sortait pour briller, pas pour se cacher.
Les silhouettes avançaient comme des mirages. Décolletés en V profonds, tailles basses, lignes asymétriques, capes qui flottaient derrière les corps comme des traînées de comètes. Tout semblait pensé pour accompagner le mouvement, pour le prolonger, pour le magnifier. Les sequins ondulaient comme des vagues. Les cristaux coulaient sur les corsages en cascades hypnotiques. La maille métallique captait chaque projecteur comme une constellation en plein réveil. On aurait pu croire à un ciel étoilé tombé sur terre. Au milieu de cette opulence, des broderies fines rappelaient les ateliers de Beyrouth, les gestes transmis, les traditions qui ne s’effacent jamais. Une manière pour Saab de dire que la modernité n’a de sens que lorsqu’elle s’appuie sur un héritage.
Certaines jupes colonnes étaient si étroites qu’elles semblaient défier la gravité. Un mannequin a même chuté, preuve que la couture, parfois, demande un tribut. Mais cette rigidité n’était pas gratuite. Elle dessinait des silhouettes nouvelles, loin du sempiternel sablier. Comme si les créateurs, cette saison, offraient aux femmes la possibilité de redessiner leur corps selon leur propre désir. Et puis, surgissant ici et là, des plumes. Légères, effleurant les épaules, s’élevant des corsages. Un détail récurrent cette semaine, mais chez Saab, elles prenaient une dimension presque cinématographique. Comme si elles appartenaient à une diva prête à s’envoler.
Le final a été un souffle. La mariée est apparue comme une apparition, vêtue d’une nuisette beige rosé, brodée de pierres et ourlée de dentelle. Une traîne aérienne flottait derrière elle, si légère qu’on aurait cru qu’elle respirait. Sur sa tête, une couronne de pierres précieuses, évoquant des épines dorées. Un contraste saisissant entre douceur et danger, innocence et pouvoir. Elle avançait comme une héroïne antique, une figure née d’un mythe oublié. Le maquillage minimaliste, les cheveux légèrement décoiffés, l’absence de bijoux ostentatoires donnaient à l’ensemble une sensualité discrète. Une manière de rappeler que la vraie opulence n’a pas besoin de crier.
Elie Saab a signé un défilé incandescent, où la nostalgie ne fige rien, où le passé devient matière à rêver. Une collection qui danse entre mémoire et lumière, et qui laisse derrière elle un sillage doré, comme une nuit d’été qu’on n’a pas envie de voir finir.
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