Dès l’entrée, le ton était donné. Le Grand Palais avait l’air d’avoir avalé un livre d’images et de l’avoir recraché en version XXL. Des saules roses, des champignons tachetés, des couleurs qui semblaient sorties d’un croquis de Dr. Seuss ou d’un vieux Disney oublié. On aurait presque cherché Alice, un lapin pressé ou une souris couturière derrière un tronc rose bonbon. Ce n’était pas un hasard. Mattheu Blazy avait semé les indices depuis des semaines. Un teaser animé sur Instagram, peuplé d’oiseaux, de tamias et de lapins affairés autour des ateliers. Une invitation en forme de petite boîte argentée, clin d’œil au champignon magique d‘„Alice au Pays des Merveilles“. Tout annonçait un conte. Le défilé l’a confirmé.
La première silhouette a fait l’effet d’un souffle. Un tailleur Chanel, oui, mais débarrassé du bouclé, allégé, presque transparent. Une mousseline de soie qui vibrait à chaque pas, comme si elle hésitait entre marcher et s’envoler. Dans une poche, un minuscule flacon de Nᵒ 5 brodé. Plus loin, un rouge à lèvres rouge transformé en talisman. Des symboles familiers, mais glissés dans un univers qui ne l’était pas. Le directeur artistique, n’a pas cherché à casser les codes. Il les a polis, retournés, éclairés autrement. Comme s’il avait ouvert les archives et soufflé dessus pour en faire sortir la poussière d’étoiles.
Puis quelque chose a basculé. Lentement, presque imperceptiblement, les silhouettes ont commencé à changer. Les tissus se sont mis à onduler comme des ailes. Les superpositions ont dessiné des plumages imaginaires. Les couleurs ont pris des accents de forêt enchantée. On a vu passer un corbeau noir, fier et silencieux. Un pigeon gris, urbain mais poétique. Une spatule rose, délicate comme un lever de soleil. Un héron élancé. Un cacatoès huppé, presque insolent dans sa grâce. Pas de plumes véritables ou presque. Juste des illusions, des vibrations, des volumes qui donnaient l’impression que les mannequins pouvaient quitter le sol à tout moment. La liberté, ici, n’était pas un concept. C’était une silhouette.
Dans ses notes, Matthieu Blazy écrivait que la haute couture est l’âme de Chanel. Pas un exercice de style, mais un langage. Un dialogue entre la femme qui porte le vêtement et celui qui le crée. Une histoire qui n’existe vraiment qu’une fois vécue. Ce premier chapitre, lui, avait la douceur d’un rêve et la précision d’un artisan. Une volière onirique où chaque look semblait prêt à s’échapper, à vivre sa propre vie, à écrire sa propre fable.
Le nouveau patron du style n’a pas seulement fait ses débuts. Il a ouvert un monde. Et il nous invite à y entrer, sans bruit, en laissant nos certitudes au vestiaire. Parce qu’ici, tout peut arriver. Même voir une femme devenir oiseau.
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