ECHECS : Le vent d’Asie souffle sur le tournoi Tata Steel à Wijk aan Zee

ECHECS : Le vent d’Asie souffle sur le tournoi Tata Steel à Wijk aan Zee

À Wijk aan Zee, il y a des jours où la mer du Nord semble elle-même retenir son souffle. Le 1ᵉʳ février 2026, c’est un jeune homme venu d’Ouzbékistan qui a fait vibrer ce village de dunes et d’acier. Nodirbek Abdusattorov, 21 ans, regard calme et gestes précis, a remporté le Tata Steel Masters comme on conquiert un royaume : avec patience, audace et une pointe de poésie. Par Khalad

Un tournoi sous tension, un prodige en ascension

Treize rondes. Treize batailles. Et jusqu’à la dernière, rien n’était joué. Cinq prétendants pouvaient encore rêver du trône : Sindarov, Niemann, Keymer, van Foreest… et Nodirbek Abdusattorov, le plus jeune, mais déjà le plus redouté. Dans la salle silencieuse, on sentait la tension vibrer comme une corde trop tendue. Le jeune ouzbek, lui, avançait avec une sérénité presque déconcertante. Son style agressif, affûté comme une lame, a fait plier les défenses les plus solides. À chaque partie, il semblait voir un peu plus loin que les autres, comme si l’échiquier lui parlait dans une langue secrète. Quand la dernière pièce est tombée, il n’a pas levé les bras. Il a simplement souri. Un sourire discret, mais immense.

Photos : FIDE/Tata Steel Chess/DR

La Route de la soie retrouve son héritier

Il y a quelque chose de symbolique dans cette victoire. Les échecs, nés quelque part entre la Perse et l’Inde, reviennent aujourd’hui entre les mains d’un enfant de la Route de la soie. Abdusattorov porte cette histoire en lui. Né en 2004 à Tachkent, il impressionne depuis qu’il sait aligner des pièces. Champion du monde des moins de 8 ans en 2012, grand maître à 13 ans, puis, en 2021, ce coup d’éclat à Varsovie où il devance Magnus Carlsen en parties rapides. Depuis, le monde des échecs a compris qu’un nouveau chapitre s’ouvrait.

Le Wimbledon des échecs, conquis à la 4ᵉ tentative

Le Tata Steel, c’est un rite initiatique. On y vient pour se mesurer aux plus grands, pour sentir le poids de l’histoire, pour apprendre à respirer sous pression. Nodirbek Abdusattorov y avait déjà trébuché trois fois. La quatrième a été la bonne. La 88ᵉ édition du tournoi, surnommé le Wimbledon des échecs, a réuni les maîtres, les prodiges et des centaines d’amateurs venus rêver à leurs côtés. Mais c’est le jeune Ouzbek qui a donné le ton, jusqu’à devenir l’évidence du tournoi.

Un règne qui commence à peine

En quittant la salle, le jeune vainqueur n’avait rien d’un conquérant bruyant. Il avançait tranquillement, comme si cette victoire n’était qu’une étape. Comme si le vrai sommet se trouvait encore plus loin. Et peut-être est-ce vrai. À 21 ans, il a déjà la maturité d’un vétéran et la faim d’un débutant. Une combinaison rare, presque inquiétante pour ses futurs adversaires. Le monde des échecs cherchait un nouveau visage. Il l’a trouvé. Un visage jeune, déterminé, venu d’Asie centrale, et qui semble promis à un long règne.

Photos : FIDE/Tata Steel Chess/DR