La soirée débute comme un duel attendu : Elfyn Evans (Toyota) solide, Sébastien Ogier (Toyota) en contrôle. Puis Esclangon/Seyne‑les‑Alpes renverse le scénario. La route se transforme en plaque de verre. Oliver Solberg (Toyota), lui, semble flotter dessus. Plus de trente secondes gagnées sur ses compatriotes repoussés à plus d’une minute : la hiérarchie vacille. L’épreuve spéciale suivante vire à la scène fantomatique. Un brouillard si dense qu’il avale les repères. Thierry Neuville (Hyundai) hésite. Son coéquipier français, Adrien Fourmaux (Hyundai), ouvre une portière pour retrouver la route. Elfyn Evans ne voit que les silhouettes des officiels. La direction de course neutralise. Sébastien Ogier, parti tard, arrache malgré tout le scratch. Un geste d’orgueil. Mais Oliver Solberg termine la journée avec 44,2 secondes d’avance. Une prise de pouvoir nette, presque insolente.
Le lendemain, le pilote suédois confirme. Une crevaison lente dans l’ES5 ? Il absorbe. Trois scratches, un rythme constant, une maturité qui surprend même les plus aguerris. Elfyn Evans décroche, Sébastien Ogier s’accroche, mais le leader ne cède rien. Dans la nuit d’Aspremont, le multiple champion du monde français retrouve son instinct de chasseur. Sous une pluie fine, il grignote, mètre après mètre. Oliver Solberg, lui, ne tremble pas. Le duel se dessine, mais la dynamique est claire : le jeune homme tient la barre.
Gap se réveille sous un manteau blanc. La Bréole/Bellaffaire devient un exercice de survie. Sébastien Ogier signe le meilleur temps, Elfyn Evans limite les dégâts, Oliver Solberg assure. Un triplé Toyota se dessine. Puis survient l’image qui marquera ce Monte‑Carlo : La Toyota du jeune leader suédois glisse, traverse une clôture, disparaît dans un nuage de neige. Un souffle suspendu. Sans couper les gaz, il revient, repart et signe… le scratch. Un instant de sidération. „J’ai eu beaucoup de chance“, admet‑il, encore secoué. Le soir, Monaco retrouve le WRC. Sous la pluie, Adrien Fourmaux claque un scratch, Takamoto Katsuta (Toyota) brille. Oliver Solberg, auteur d’un tête‑à‑queue, limite les pertes. Avant la dernière journée, il conserve près d’une minute d’avance. Une marge rare dans un Monte‑Carlo aussi instable.
La Bollène/Vésubie déroule ses lacets glacés. Solberg sort large, se retrouve en travers, repart sans s’affoler. Quelques secondes s’envolent, rien de plus. Le Col de Turini, en Power Stage, scelle le verdict. Sébastien Ogier attaque, Elfyn Evans sécurise, Oliver Solberg verrouille. Le jeune suédois peut enfin respirer. „Le rallye le plus difficile de ma vie. Première course sur asphalte avec cette voiture… et on gagne le Monte‑Carlo. C’est irréel.“
Un podium 100 % Toyota, une domination totale, mais surtout un nouveau visage au sommet. Ce Monte‑Carlo 2026 marque un basculement. Oliver Solberg n’est plus une promesse. Il n’est plus „le fils de“. Il est devenu un pilote capable de dompter la montagne, la glace, le brouillard, la nuit et la pression. À suivre…
WRC-2 Léo Rossel, le Monte-Carlo, qui change une vie
Dans un Monte‑Carlo où la météo a laminé les certitudes, Léo Rossel (Citroën) a trouvé la ligne claire. Au volant de sa C3 Rally2, il s’impose avec 2 min 09,5 s d’avance. Un écart massif, mais construit sous pression, face à un Nikolay Gryazin (Lancia) menaçant jusqu’à l’erreur fatale.
Jeudi, Nikolay Gryazin casse une suspension arrière. On le croit hors du coup. Erreur, le pilote de la Lancia Ypsilon Rally2 HF Integrale remonte comme un métronome furieux, jusqu’à revenir à 10,8 secondes de Léo Rossel samedi midi. Puis vient l’épreuve spéciale La Bréole/Bellaffaire. Neige lourde, adhérence précaire, Nikolay Gryazin sort, termine dans un champ. La victoire s’envole. Il repartira, mais pour finir 6ᵉ.
Avec le pilote russe hors jeu, les positions s’ouvrent : Roberto Daprà (Skoda), solide, se hisse à la seconde place. Le jeune pilote français Arthur Pelamourgues (Hyundai), pour ses débuts en WRC-2, décroche un podium inattendu mais mérité. Éric Camilli (Skoda), ralenti par une suspension arrière endommagée, termine au pied du podium. Chris Ingram (Toyota) complète le top cinq.
À l’arrivée, Léo Rossel savoure un moment fondateur : „C’est incroyable. Je suis tout simplement heureux. Un grand merci à mon équipe. C’était mon premier rallye avec eux et gagner ici, c’est vraiment spécial. Ce résultat est très important pour mon avenir.“ Ce Monte‑Carlo n’est pas seulement une victoire. C’est une affirmation. Léo Rossel a tenu la pression, géré la menace, maîtrisé les conditions. Un Rossel gagne encore au Monte‑Carlo. Mais cette fois, c’est Léo qui écrit l’histoire.