La mise en bouche, on la doit à Thierry Neuville (Hyundai). Dans le décor urbain de Tartu, sur 1,48 km taillé pour les funambules, le champion du monde belge fait parler la stratégie : pas de roue de secours pour gagner en agilité. Malin, audacieux, brillant. Il claque le meilleur chrono, devant Elfyn Evans (Toyota) et Ott Tänak (Hyundai) le régional de l’étape. Mais dans l’ombre, Oliver Solberg (Toyota) prend ses marques avec sa Toyota Yaris nº99, première apparition en WRC-1, premier rallye avec le team Toyota Gazoo Racing. Autant dire qu’on l’attendait… sans forcément croire qu’il allait faire ça.
Dès les premiers kilomètres en forêt, sur ces chemins estoniens rapides et piégeux, l’air devient électrique. Oliver Solberg prend le pouvoir. Thierry Neuville, pourtant en forme, lâche prise. Et à partir de là, le pilote norvégien ne sera plus jamais revu. Ses réglages ? Millimétrés. Sa conduite ? Adaptée à chaque ornière, chaque dévers, chaque bosse sournoise. Il a dompté une Toyota Yaris qu’il n’avait jamais pilotée en Rally1. Il a dépassé Ott Tänak, Thierry Neuville, Elfyn Evans, Kalle Rovanperä (Toyota)… sans sourciller. Et pendant que les autres souffrent sous le ciel redevenu capricieux, lui avance comme si l’eau et la poussière ne pouvaient l’atteindre.
Ott Tänak, chez lui, veut reprendre la main et son coéquipier champion du monde n’a pas dit son dernier mot. Les deux s’échangent la 2ᵉ place six fois. Le pilote estonien tape une botte de paille, cale son moteur et, de son côté, Thierry Neuville perd sa vitre et prend la poussière en plein visage. Pendant ce temps, Oliver Solberg garde le cap. Imperturbable. Les spéciales filent et l’avance grandit. La Toyota #99 fend la boue, respire le chaos et ne faiblit jamais. Le chrono, lui, ne ment pas : 25,2 secondes d’avance sur Ott Tänak et 48,3 secondes sur Thierry Neuville.
Adrien Fourmaux (Hyundai) n’a pas lâché l’affaire et termine 5ᵉ avec panache, devant Elfyn Evans et Sami Pajari (Toyota). Takamoto Katusta (Toyota), lui, abandonne juste avant la Power Stage. Trois Ford Puma Rally1 ferment le bal, avec dans l’ordre le régional de l’étape, Martin Seeks, Josh McErlean et Grégoire Munster.
WRC-2 : Doublé estonien, avec Robert Virves au sommet
Bien que peu de participants soient engagés dans cette WRC2, le talent nordique est abondant, et une victoire locale a été construite avec autorité. En effet, Robert Virves (Skoda) était attendu, il n’a pas déçu. Sur ses terres, au volant de la Skoda Fabia Rally2, il a dominé le rallye d’Estonie WRC-2 de bout en bout. Premier temps dès la spéciale d’ouverture, il n’a jamais quitté la tête du classement.
Le duel annoncé avec le fougueux pilote russe Nikolay Gryazin (Skoda) a vite tourné court : sortie de route dès l’ES2 pour ce dernier. Robert Virves s’est alors envolé, laissant derrière lui son compatriote Georg Linnamäe (Toyota), solide, mais jamais menaçant. Pour la 3e place, c’est le pilote finlandais Roope Korhonen (Toyota) qui s’est imposé après une belle lutte face à son compatriote Mikko Heikkilä (Skoda).