Rien ne laissait présager un tel dénouement. Après 118 minutes tendues, une légère poussette d’Abdoulaye Seck sur Achraf Hakimi offrait au Maroc un coup franc litigieux. Sur l’action suivante, Ismaïla Sarr pensait délivrer le Sénégal d’un coup de tête… mais l’arbitre avait déjà sifflé la fin de la prolongation. Le chaos commençait. Quelques instants plus tard, la VAR intervenait pour sanctionner Adam Masina, coupable d’avoir tiré le ballon sur Brahim Díaz lors d’un corner. C’en était trop pour les sénégalais, déjà convaincus d’être victimes d’un arbitrage hostile depuis leur arrivée au Maroc. Une grande partie de l’équipe quittait le terrain, refusant de reprendre le jeu. Il a fallu toute l’autorité de Sadio Mané, soutenu par Claude Le Roy, pour ramener les Lions de la Téranga sur la pelouse.
Après quinze minutes d’interruption, Brahim Díaz, meilleur buteur du tournoi, s’avançait pour tirer le penalty. Sous une pression écrasante, il choisissait la Panenka. Mauvaise idée. Édouard Mendy, impassible, restait sur ses appuis et captait le ballon sans bouger. Le stade explosait. Les panneaux publicitaires devant les supporters sénégalais cédaient sous la poussée de la foule, obligeant les forces de l’ordre à intervenir. Et pourtant, le destin n’avait pas fini de s’amuser. Sur l’action suivante, Neil El Aynaoui perdait un ballon anodin au milieu de terrain. Pape Gueye surgissait, accélérait, et envoyait une frappe monumentale dans la lucarne. Un but d’une pureté incroyable, marqué dans un contexte totalement délirant. Le Sénégal menait 1-0. Cette fois, plus rien ne viendrait renverser l’histoire.
La première période a été prudente, presque figée. Le Sénégal dominait légèrement, mais Yassine Bounou repoussait deux tentatives dangereuses. Le Maroc prenait le dessus après la pause : Ayoub El Kaabi manquait un face‑à‑face, une autre frappe était contrée par Ismaïla Sarr. Les prolongations, elles, ont viré au drame. Nayef Aguerd trouvait la barre, Youssef En‑Nesyri manquait le cadre de peu, et Cherif Ndiaye ratait l’immanquable à six mètres. Le suspense était insoutenable.
Au terme d’une finale qui a frôlé l’absurde, le Sénégal a décroché sa deuxième CAN après celle de 2021. Une victoire arrachée dans un climat électrique, où les Lions de la Téranga ont montré une résilience exceptionnelle. Des sanctions tomberont sans doute contre certains joueurs et contre le sélectionneur Pape Thiaw. Mais rien n’effacera ce moment : un triomphe arraché dans la tourmente, une victoire qui restera gravée comme l’une des plus folles de l’histoire du football africain.

Cette rencontre n’était pas seulement un match de football. Depuis leur arrivée au Maroc, les sénégalais dénonçaient un climat hostile : sécurité insuffisante à la gare d’Agdal, seulement 2 800 billets attribués à leurs supporters dans un stade de 69 500 places, changement d’hôtel imposé, soupçons d’espionnage lors des entraînements. Le Cameroun et le Nigeria avaient déjà pointé du doigt un arbitrage jugé favorable au Maroc. Le Sénégal, lui, a dû composer avec l’absence de Krépin Diatta, malade au dernier moment, remplacé par Antoine Mendy, ainsi qu’avec les suspensions de Kalidou Koulibaly et Habib Diarra. Trois de leurs quatre défenseurs avaient 21 ans ou moins. Et pourtant, ils ont tenu.






