Il y a des rendez-vous qui ne se manquent pas. Art Paris fait partie de ceux qui rythment la saison comme un battement familier. Après son retour triomphal au Grand Palais en 2025, la foire reprend possession de la nef et des balcons. L’effervescence des grands jours est de mise, ce mélange d’attente et de curiosité qui flotte dans l’air pour l’ouverture d’une exposition majeure. Cette 28ᵉ édition réunit 165 exposants venus d’une vingtaine de pays. Une géographie généreuse qui raconte une scène française en dialogue constant avec le reste du monde. Art Paris reste fidèle à son ADN, à la fois ancré dans les territoires et ouvert aux horizons lointains. 60 % de galeries françaises, quarante pour cent venues d’ailleurs, et près d’un tiers de nouvelles participations. Une cartographie vivante, mouvante, qui témoigne de la vitalité de l’écosystème artistique.
Cette année, deux commissaires invités donnent le ton. Deux voix, deux sensibilités, deux manières d’interroger le monde. D’un côté, Loïc Le Gall propose Babel Art et langage en France. Un parcours qui réunit vingt et un artistes fascinés par les signes, les alphabets, les codes, les mots qui se dérobent ou se transforment. On y croise des œuvres qui parlent autant qu’elles se taisent, qui jouent avec les frontières du sens, qui inventent des langues nouvelles pour dire ce que le réel ne suffit plus à exprimer. De l’autre, Alexia Fabre explore La réparation. Un mot simple, presque humble, mais qui ouvre un territoire immense. Elle réunit une vingtaine d’artistes internationaux pour interroger ce geste essentiel qui consiste à soigner, réparer, recoudre, maintenir, transmettre. La réparation devient un fil tendu entre passé, présent et futur. Elle touche les objets, les corps, les idées, les histoires. Elle dit la fragilité du monde et la force de celles et ceux qui tentent de le raccommoder.
Dans le sillage de cette thématique, le Fonds d’art contemporain Paris Collections présente une exposition qui résonne avec une intensité particulière. Sous la direction de Julie Gandini et de son équipe curatoriale, le Fonds s’est penché sur l’héritage colonial du XXᵉ siècle dans les collections municipales. Une démarche lucide, nécessaire, qui cherche à comprendre comment des artistes venus d’Afrique, des Caraïbes ou d’Amérique du Sud ont été accueillis, représentés ou invisibilisés dans les institutions françaises. Ce travail minutieux met en lumière des figures comme Wilson Tiberio, Mohammed Issiakhem, Germaine Casse, Iba N’Diaye ou Victoire Ravelonanosy. Des artistes qui ont dû naviguer dans un contexte artistique marqué par les rapports de domination de leur époque. Beaucoup sont encore trop peu présents dans les collections publiques. À travers ses acquisitions récentes, le Fonds affirme une volonté claire : reconnaître ces injustices, les nommer, et contribuer à une forme de réparation symbolique et institutionnelle. Dans le champ contemporain, l’exposition révèle des stratégies de résistance, de résilience, de soin, d’affirmation identitaire. Des œuvres qui ne cherchent pas seulement à dénoncer mais à reconstruire, à proposer d’autres récits, d’autres manières d’habiter le monde.
La Ville de Paris est partenaire d’Art Paris et présente un stand dédié au „Fonds d’art contemporain Paris Collections“. C’est la seule collection publique exposée au milieu des galeries. Une présence forte, presque manifeste, qui rappelle que l’art appartient aussi à la cité, à ses habitants, à son histoire. Le „Fonds“ réunit près de 23 400 œuvres, de la fin du XIXᵉ siècle à aujourd’hui, et continue de s’enrichir chaque année pour soutenir la création.
Art Paris 2026, un espace où l’on regarde autrement. On y découvre, on y questionne, on y rêve. On y croise des œuvres qui bousculent, d’autres qui apaisent, certaines qui réparent. On y sent la ville vibrer, prête à accueillir 33 rendez-vous VIP dans ses institutions, prête à faire de ce printemps un temps de partage et de circulation des idées.