Avant même que les mannequins n’apparaissent, une vidéo hommage à l’héritage Christian Dior s’est consumée sous nos yeux, comme pour mieux laisser place à une vision neuve, abstraite, presque insaisissable.
Le créateur irlandais ne cite pas, il transforme. La célèbre veste Bar devient une forme mouvante, tantôt blazer sportif, tantôt smoking, tantôt volute qui s’enroule sur elle-même. Les robes Juno, Tulip, Eugénie, les lignes zigzag de 1948, tout est là, mais rien n’est figé. Les références historiques sont digérées, distordues, réinterprétées dans une grammaire visuelle qui préfère l’allusion à la reconstitution.
Les silhouettes sont des palimpsestes. Elles portent en elles des siècles de style, mais parlent une langue nouvelle. Une langue faite de plis sculptés, de volumes noués, de textures qui semblent vivantes.
La collection oscille entre deux pôles : le conceptuel et le commercial. D’un côté, des pièces presque irréelles, jupes à nœud, hauts plissés façon rideaux, cockades déplacées avec malice. De l’autre, des ensembles plus discrets mais tout aussi pensés : vestes Bar et minijupes en denim, polos associés à des pantalons oversize, bodys hybrides entre sport et chemise. Robes-sac ornées d’hortensias géants, jeans à laçage oblique, silhouettes tordues comme des sculptures en mouvement. Le tout baigné dans une palette douce, presque pastel, qui évoque une féminité éthérée, bon-ton, mais jamais mièvre.
Ce premier défilé ne cherche pas à imposer une nouvelle icône. Il propose une atmosphère. Une vibration. Une esthétique qui se cherche encore, mais qui intrigue. La “femme Dior” version Jonathan Anderson n’est pas encore définie, mais elle existe en creux, dans les gestes, dans les plis, dans les regards. Les célébrités du premier rang, Zendaya, Emma Stone, Lisa, Léa Seydoux incarnent peut-être mieux cette nouvelle direction, plus lisible, plus commerciale. Mais sur le podium, c’est une autre histoire qui se joue. Une histoire en devenir.
Jonathan Anderson n’a pas livré une collection manifeste. Il a proposé une exploration. Une manière de dire que la mode peut être mémoire sans nostalgie, sculpture sans rigidité, féminité sans caricature.
https://www.youtube.com/live/CwmKr-wkj1M?si=0AlOTXLDOKMaIY4W