LONDON FASHIONWEEK AUTOMNE/HIVER 2020 : Ahluwalia la nouvelle charge diversifiée

La mode par défaut semble être du côté perdant d’un récit sur la diversité avec une surcharge de „tokenisme“ sans oublier un certain racisme déguisé. Cependant, une nouvelle cohorte de jeunes créateurs riposte avec des collections en phase avec le monde actuel. Lors de la Fashionweek hommes de Londres, des marques de vêtements comme Kaushik Velendra, Bianca Saunders et Paria Farzaneh explorent les différentes diasporas à travers leurs collections.
Une nouvelle tendance initiée par la designer Priya Ahluwalia, d’origine indienne et nigériane, qui a déjà utilisé ses vêtements pour parler des doubles récits sur les influences intergénérationnelles. Elle a fondé sa marque Ahluwalia avec des vêtements ressemblant à des mosaïques, des morceaux de carte ou un album : des éléments antagonistes disparates que la créatrice arrive à conjuguer à merveille. Ouverte au monde et aux tendances toutes les générations, Priya Ahluwalia mélange design de meubles, sculpture, musique et film dans ses créations. Dans une optique durable et écologique, elle puise ses ressources matérielles dans le recyclage

En exemple, les jeans ont été trouvés dans une usine de denim en Tunisie qui utilise du coton biologique et recyclé, et les motifs ondulés sur eux ont été gravés au laser et non à la Javel. Les chandails aux couleurs contrastées ont été tricotés à partir d’une laine d’agneau certifiée biologique et du nylon recyclé. Un partenaire indien s’est occupé de la broderie perlée, cette dernière  entièrement conçue à la main par le biais d’une entreprise sociale en Inde. Le chemisier reconstitué a été parrainé par l’entreprise Scoop, qui dispose d’un volume impressionnant de tissus excédentaires dont ils veulent se débarrasser. Les produits d’Ahluwalia ont quelque chose à la fois d’unique et d’attrayant : chacune des pièces n’ont pas de clones parfait. On peut commander par exemple deux pièces identiques, mais chacune sera légèrement différente.
En préambule des défilés de cette année, Dylan Jones, le président de la mode masculine du British Fashion Council, avait prédit qu’une partie des défilés lors de la première semaine de la mode à Londres pourrait refléter le carrefour politique du pays depuis le glissement de l’élection des conservateurs, en affirmant : “ Londres a toujours suscité une sorte d’indignation culturelle.“

Photos : Isabel Infantes/Dominika Scheibinger/Ahluwalia Studio/Imaxtree

Au-delà des Swinging Sixties.

Quatrième collection de Priya Ahluwalia qui souffle une belle énergie positive dont l’héritage indo-nigérian-carabian lui donne une certaine vison sur les déversements de déchets de vêtements occidentaux dans les pays où vivent les deux côtés de sa famille. Avec de longues recherches, une détermination sans faille et ses qualités de persuasion, elle est arrivée à transposer toutes ces thématiques dans ses collections. Le défilé automne/hiver d’Ahluwalia, en est un excellent exemple : la créatrice réussi le mélange parfait avec les vêtements de sport et ceux de détente afin de créer une collection conforme à notre mode de vie et à notre vraie place dans ce monde actuel. Thématiquement, la collection est une version alternative de la manière teintée de rose, fidèle à la génération des baby-boomers des années 1960. „Au lieu de regarder ces années 60 qui swinguent, j’ai fait des recherches sur ce qui se passait dans les pays d’où je suis issue (Inde, Nigéria, Caraïbes et Angleterre“). Raconte t-elle
„J’ai examiné plusieurs disciplines telles que la conception de meubles, la sculpture, la musique et le cinéma. Je voulais vraiment avoir une idée de l’esprit du temps à l’époque.“ 

Thème dominant, le patchwork, qu’il s’agisse de vestes rembourrées, de pantalons à deux épaisseurs ou de hauts de sport zippés, tous les motifs se sont entremêlés avec audace et ont été compensés par des accessoires ludiques comme des bérets en plumes brillants, des porte-clés monogrammes et des gants noirs simples portés dans une boucle de ceinture. Les couleurs dominantes étaient des tons sourds d’oranges et de rouges, dont les tons sépia rappelaient de vieilles photographies floues des étés de l’enfance oubliées. Un clin d’œil à l’univers de la célèbre designer anglaise Barbara Brown, qui a conçu des textiles imprimés pour Heal’s pendant près de deux décennies dans les années 60 et 70. Certaines de ses créations emblématiques comme les motifs tourbillonnants et psychédéliques peuvent être perçues dans les courbes d’Ahluwalia sur des manteaux et des chaussures rembourrées.
Par ailleurs, autre dimension de l’intertextualité vestimentaire d’Ahluwalia : Priya utilise exclusivement des vêtements d’occasion, soulignant les liens entre les générations, les communautés, les races….

Photos : Isabel Infantes/Dominika Scheibinger/Ahluwalia Studio/Imaxtree

Enfant des années, 2000, elle qui a grandit en pleine époque où le streetwear était la norme, passe désormais à un niveau de conception supérieur, apportant de nouvelles énergies culturelles à la mode et intégrant des changements positifs dans ses travaux. Elle est la preuve vivante que quelles que soient les idées préconçues des gens, la mode durable d’aujourd’hui n’est pas un look, c’est plutôt un processus; un ensemble de solutions époustouflantes que sa génération est en train d’inventer.

Photos : Isabel Infantes/Dominika Scheibinger/Ahluwalia Studio/Imaxtree

Related Posts

LEAVE A COMMENT

Make sure you enter the(*) required information where indicated. HTML code is not allowed

*