KENZO: Le poète s’en est allé en laissant son doux parfum

Le créateur de mode japonais Kenzo Takada décède à l’hôpital de Paris à l’âge de 81 ans après avoir contracté un coronavirus.
Kenzo Takada, créateur japonais et français est connu dans le monde entier sous son prénom Kenzo, qu’il a partagé avec sa marque de mode réputée pour ses créations colorées et excentriques. 

Son décès survient en pleine Fashionweek de Paris, 4 jours seulement après que la marque a présenté sa collection printemps/été 2021. 
Bien qu’il ait quitté la marque en 1999 pour profiter de „vacances permanentes“ d’une retraite méritée, Kenzo Takada était toujours impliqué dans le maintien du mélange harmonieux de la marque entre la mode japonaise traditionnelle et le style occidental moderne pour lequel elle est célèbre. 

Photos:Abaca/Bestimage/Getty Images/AFP/Rudy Waks/OliveiroToscani/ Serge Cohen/DR

Kenzo Takada est né le 27 février 1939 à Himeji, au Japon, 5e d’une grande famille de 7 enfants, habitant dans une vaste machiya en bois que détient son père. Dès son plus jeune âge, en plus de cet environnement et la lecture des magazines de ses sœurs, il développe un certain amour pour la mode. Étudiant émérite, il abandonne le parcours classique de l’Université de Kobe en 1958 pour devenir l’un des premiers étudiants masculins à étudier au célèbre Bunka Fashion College à Tokyo. Diplômé avec succès à l’âge de 26 ans, il file à Paris via Marseille pour la première fois en 1965 pour devenir essayer de tenter sa chance dans la capitale mondiale de la mode. Un périple de plus d’un mois et demi pour un essai parisien qui devait être qu’éphémère. En effet, le jeune Kenzo n’avait pas l’intention de rester à Paris, mais juste quelques mois avant de retourner au Japon, mais il est devenu déterminé à se créer une marque en tant que designer. 
Cinq ans plus tard, au printemps 1970, Kenzo n’a utilisé que 170 euros de tissu pour créer sa première collection de mode qui était principalement en coton pour réduire les coûts.
Il crée la marque Jungle Jap et secoue le milieu de la mode avec des collections innovantes au dessus de toutes les conventions de la haute couture. Mélangeant la tradition nippone avec la mode parisienne, le styliste persiste dans son melting-pot de couleurs, d’imprimés, de coupe et de matières, et développe un style unique, le style Kenzo. Le succès est immédiat, confirmant que la mode peut être créative tout en s’adressant au plus grand nombre.
La même année, il reprend une boutique parisienne et fait figurer ses vêtements en couverture du magazine Elle.


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Kenzo a ouvert son magasin phare, Kenzo, sur la place des Victoires en octobre 1976 et a reçu le prix du Fashion Editor Club of Japan.
Il continue ensuite à se faire un nom en organisant ses défilés de mode sous des tentes de cirque entre 1978 et 1979. 
Le talentueux designer, dont les dessins présentaient souvent des motifs d’animaux, prenait un malin plaisir a clôturer ses spectacles sous chapiteau en montant sur le podium à dos d’éléphant.
Alors que sa marque de mode grandissait régulièrement en 1988, Kenzo s’est plongé dans le monde de la parfumerie, avec des parfums qui ont été nommés parmi les parfums français les plus „classiques“ de tous les temps par Vogue.
En parallèle a ses activités de créateur, Kenzo n’a pas son pareil pour organiser des événements spectaculaires dans Paris. A l’aube de l’été, il fit recouvrir entièrement le fameux Pont Neuf de plus de 30 000 pots de bégonias accompagnés d’un gigantesque rideau de lierre pour célébrer l’arrivée de l’été. Une rareté chez les japonais qui à l’inverse sont plus dans la rigueur minimaliste, mais la liberté de ton chère à Kenzo Takada est sans doute sa grande force.

Parfum et art décoratif

Depuis 1993, la marque Kenzo appartient à la société française de produits de luxe LMVH, un tournant pour le créateur nippon qui toutefois continuera à créer et innover avant d’annoncer sa retraite de la mode en 1999 pour poursuivre une carrière dans l’art, laissant les créateurs Roy Krejberg et Gilles Rosier s’occuper de la conception des vêtements pour hommes et femmes de Kenzo. Il se lance alors dans le design et crée des œuvres d’arts décoratifs qui permettent de voyager sans pour autant quitter sa maison. Des décos intérieures punchy très prisées qui perpétuent la renommée de l’artiste japonais. 

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Kenzo avait écrit sur sa petite dépression après les années 90, une décennie au cours de laquelle il avait perdu son partenaire de vie Xavier de Castella des suites d’une maladie liée au sida en 1990, et son bras droit, le modéliste Atsuko Kondo en 1991 d’un accident vasculaire cérébral. Cela a été rapidement suivi par la mort de sa mère en 1991, qu’il n’a appris qu’après ses funérailles alors qu’il était sur un bateau sur l’île de Corse – malgré les efforts de son frère aîné pour le contacter : J’avais manqué la mort de ma propre mère parce que j’étais parti jouer. J’étais misérable. Mon cœur était en lambeaux et je me suis livré au désespoir.“ Kenzo a reçu une Légion d’honneur en 2016, l’année suivante, il reçut le Lifetime Achievement Award au 55th Fashion Editors ‚Club of Japan Awards. En dépit de quelques collaborations succinctes comme les costumes pour Madame Butterfly en 2019, il esquissait toujours des croquis, mais plus pour la mode de luxe. L’an dernier, Kenzo a fêté dignement ses 80 années au Pavillon Ledoyen dans le pur esprit qui lui sied depuis des lustres. Pour cette évènement marquant, le dress code fut de porter une tenue dorée. 

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„Je dessine toujours, mais pas pour la mode aujourd’hui. J’aime la mode, mais dans la mode, vous devez faire quelque chose de nouveau chaque saison : de nouveaux tournages, de nouveaux concepts, de nouveaux matériaux, chaque chose change si rapidement.
Alors je me suis arrêté au bon moment, je pense. 
Maintenant, je fais des costumes d’opéra.“, a-t-il déclaré dernièrement, en ajoutant :
„Paris pour moi, je l’ai définitivement vu comme la capitale de la mode et aujourd’hui, il y a encore cette certaine élégance, l’élégance française, une façon de s’habiller à la française. La manière française de travailler avec la mode m’a définitivement influencé et beaucoup plus tard, j’ai commencé à mélanger d’autres cultures dans cette mode spécifique. Bien sûr, maintenant, la mode est partout ; à New York, Paris, Milan, Londres, Tokyo, partout. Mais je pense que Paris reste de loin la plaque tournante la plus importante.“

 

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