GYMNASTIQUE LA LÉGENDE SIMONE BILES : Elle plane dans les airs et dans son sport

Star planétaire et icône incontestée de la Gymnastique, Simone Biles a depuis ses premières apparitions sur le circuit révolutionné la discipline. Adepte d’acrobaties lunaires et inédites et avec un physique hors normes la jeune texane a réussi à elle toute seule à changer la donne et donner un nouveau souffle à la gymnastique.

 

Locomotive pour toutes les jeunes gymnastes, Simone n’attire pas la jalousie plutôt la fasciation et le mimétisme. Mais de la à l’égaler… Pour comprendre la prédominance de la gymnaste américaine Simone Biles, jetez un coup d’œil à une image d’elle, à l’envers, dans les airs, légère et sûre d’elle, conduisant l’équipe américaine à une médaille d’or. Ses jambes sont à 180 degrés, son corps droit, ses bras symétriques et ses yeux fixés sur un seul point pour assurer son atterrissage. Il s’agit d’une mise au point pure sans aucune contrainte, un moment fabuleux qui défie les lois de la gravité. En restant ébahi par les capacités de Simone biles, on sent que la gymnastique féminine change radicalement de registre. Moins classique et plus physique, la discipline mute en suivant les traces de sa nouvelle ambassadrice qui va chercher très loin des capacités que personne ne soupçonnait jusque-là. Si la roumaine Nadia Comăneci fut celle qui à la fois aura marqué et hanté ce sport après les Jeux olympiques de Montréal et ce 40 ans durant, Simone Biles est bien partie pour lui succéder, tant sa marge de progression est énorme. À la vue de son impact sur ce sport et le sport en général, elle se met constamment en quête de perfection. C’est cet aspect qui fait passer la gymnastique des tapis flottants en sueur à la philosophie de suréminence équilibrée entre le talent artistique et la réussite sportive tout en prenant certains risques. Jugés sur deux panneaux distincts pour arriver au résultat final, les gymnastes sont affublés d’un système de notation extrêmement compliqué ou certains résultats sont justes séparés de minuscules différences décimales. Difficile de recevoir un 10 parfait comme ceux de la légendaire championne roumaine, toutefois les filles sont désormais vraiment très fortes et veulent toute le graal. La perfection parfaite peut exister mais le mouvement humain n’est jamais sans défauts, même à son apogée. Pourtant, une étoile est née : Simone Biles. Volontaire, perfectionniste, douée et exigeante, des qualités intrinsèques qui ont composé ce petit bout de femme unique et atypique dans ce sport visuel magnifique mais très exigeant. Petite par sa taille mais grande par son talent, l’afro-américaine Simone Biles est LE phénomène de la gymnastique. On peut la regarder dans tous les sens, elle est incroyable de facilité et allie à merveille puissance et charisme, comme en atteste cette maîtrise chirurgicale du triple double (double salto arrière ponctué de trois vrilles) dont elle est la seule à le réaliser.

Photos: Irene Liske/Sports illustrated/Nike/DR

Un talent naturel

Dans ce sport, Simone est douée dans tous les domaines et souvent, imprenable. Elle a un taux d’explosivité incroyable qui lui donne la possibilité de tourner très vite et d’enchaîner plus de figures que les autres dans les airs. Avec ces qualités physiques hors normes, elle n’a pas besoin de s’entraîner à outrance pour atteindre l’excellence. L’histoire de Simone Biles est l’histoire édifiante d’une enfant placée en famille d’accueil et élevée dans des circonstances modestes par un grand-père qui a cédé à sa volonté de réussir. De sa naissance en 1997 dans l’Ohio dans la ville de Columbus en 1997, à aujourd’hui, Simone Biles a rapidement démontré ses capacités en tant que prodige de la gymnastique. Pourtant malgré un contexte difficile Simone et sa sœur Adria, ont été élevées par leurs grands-parents. (sa mère souffrait de gros problèmes de toxicomanie). Adoptée par ces derniers, elle découvre très jeune ses capacités et en imitant des gymnastes lors d’une escapade dans un centre de gymnastique. Des performances qui ne sont pas passées inaperçues aux yeux d’un entraîneur, lequel a de suite écrit aux grands-parents pour leur demander de l’y inscrire. Un nez fin de la part de ce coach, car d’emblée, les talents naturels de Simone sont mis en exergue et la petite recrue domine toutes ses partenaires. La suite est de la même veine, après avoir été imbattable au niveau élite junior, elle poursuit en élite senior avec une série impressionnante en 2012, remportant le saut et les épreuves du concours complet à l’American Classic, à l’Alamo Classic, au Houston National et au Secret U.S. Classic.

Faisant figure d’épouvantail dans son pays, elle sort de l’anonymat en dominant le concours multiple aux Championnats US 2013. S“en suit sa première performance historique lors des Championnats du monde en devenant la première athlète afro-américaine à remporter l’or au concours multiple. L’exploit est de taille. Les Américains avaient déjà Gabrielle Douglas, „l’écureuil volant“, devenue la première gymnaste noire mais aussi afro-américaine à décrocher la médaille d’or du concours général en individuel. Un exploit qu’elle réalise aux JO de Londres à tout juste 16 ans. Mais c’était sans compter sur la fulgurante montée de la „puce“. Simone Biles est trop jeune pour participer aux Jeux de Londres, elle a alors 15 ans. Qu’à cela ne tienne, elle battra tous les autres records avant de venir tenter sa chance à Rio. L’année 2015 est aussi riche et la jeune Simone Biles devient la première gymnaste féminine à remporter un troisième titre mondial consécutif au concours multiple, lui donnant un record de 10 médailles d’or dans la compétition internationale. Devenue espoir olympique pour les USA, elle s’est entraînée comme jamais dans sa région afin de mettre toutes les chances de son côté pour les jeux de Rio. Résultats des courses, Simone réalise lors des qualifications pour RIO une performance impressionnante, remportant le titre du concours multiple, et les premières places au sol et au saut. Elle obtient sans contestation une place dans l’équipe olympique de 2016 avec ses collègues gymnastes Laurie Hernandez, Aly Raisman, Gabby Douglas et Madison Kocian. Avec ces deux championnes dans son équipe, la Team USA écrase la concurrence lors du concours général en équipe. Pour sa première participation aux JO, l’Américaine qui mesure tout juste 1m45 remporte donc une médaille d’or d’entrée de jeu. Les spécialistes pensent qu’elle pourrait même gagner quatre autres médailles d’or dans les épreuves individuelles tant elle domine ses adversaires. Simone Biles dirige l’équipe américaine de gymnastique féminine pour remporter la médaille d’or. Elle a obtenu un impressionnant 15,933 dans le coffre-fort, un 15,3 sur la poutre d’équilibre et 15,8 pour une routine au sol agréable dans laquelle elle a interprété „the Biles“, un enchaînement, notamment composé d’un double tendu avec demi-vrille qui porte son nom, car elle est la première à l’avoir réalisé en compétition en 2013.

Photos: Irene Liske/Sports illustrated/Nike/DR

La gymnaste partage la victoire avec Raisman, Douglas, Hernandez et Kocian, une équipe connue sous le nom de « The Final Five ». Le Final Five est devenu la troisième équipe de gymnastique féminine américaine à remporter l’or, après l’avoir remportée en 1996 et 2012. Par la suite, Biles a tweeté « Les rêves deviennent réalité » et une photo de l’équipe américaine sur le podium. Simone Biles continue ensuite de dominer la compétition olympique, remportant la médaille d’or individuelle féminine. Sa coéquipière américaine Aly Raisman et la gymnaste russe Aliya Mustafina ont respectivement remporté l’argent et le bronze. Ce qui a rendu sa victoire vraiment historique, c’est qu’elle a obtenu une marge de victoire de 2,1 sur Aly Raisman (une grosse jamais vu en plus de 30 ans). Elle est également devenue la première femme en deux décennies à remporter deux titres olympiques consécutifs en concours multiple et mondiaux. Elle a remporté l’or à nouveau dans la compétition féminine individuelle de saut de cheval avec un score de 15,966, mais a échoué dans l’épreuve individuelle de poutre d’équilibre. Dans un rare trébuchement, Biles s’est battue pour maintenir son équilibre, marquant 14,733, ce qui lui a valu la médaille de bronze. Sa coéquipière Laurie Hernandez a décroché la médaille d’argent et Sanne Wevers, des Pays-Bas, a remporté l’or. “ Simone a poursuivi sa course olympique dans l’exercice au sol individuel, remportant l’or dans une performance brillante, qui a incorporé son mouvement de signature. Avec un score de 15,966, Biles a remporté sa quatrième médaille d’or à Rio. Biles n’a rejoint que trois autres gymnastes qui ont remporté quatre médailles d’or en un seul Jeu Olympique (Larisa Latynina de l’URSS en 1956, Vera Caslavska de Tchécoslovaquie en 1968 et Ecaterina Szabo de Roumanie en 1984). Sa coéquipière, Aly Raisman, a décroché l’argent au sol et l’anglaise Amy Tinkler remporte elle le bronze. À 19 ans, Simone Biles collectionne déjà les records. Elle est la première à détenir 10 titres de championne du monde, mais aussi la seule femme à gagner trois fois de suite le concours général artistique (poutre, barres asymétriques, saut de cheval et sol) en 2013, 2014 et 2015, en plus d’avoir été la première afro-américaine à remporter ce titre. Comme si cela ne suffisait pas, elle a mis trois ans à amasser 14 médailles mondiales alors que le précédent record américain de 10 médailles a été atteint par Alicia Sacramone en sept ans.


Photos: Irene Liske/Sports illustrated/Nike/DR

Une signature

Mais ce n’est pas tout, lors de son impressionnante performance au sol, avec des lignes d’enchaînement acrobatiques d’une difficulté et d’un rythme incroyable, Simone y réalise son mouvement personnel : „The Biles“, puis au cheval, au sol ou à la poutre, la texane est au-dessus du lot, quasiment intouchable au sol et au saut de cheval. Capable de se transcender sur la poutre en reprenant des acrobaties du sol avec une sortie risquée mais parfaitement maîtrisée. Son talon d’Achille se situait surtout en barres asymétriques, mais en peu de temps elle a réussi à les dompter cet agrès et possède désormais toutes les cordes à son arc. Ses performances hors-normes ainsi que ses multiples médailles et records poussent certains sportifs à affirmer qu’elle est la meilleure gymnaste au monde, voire de tous les temps. En gymnastique l’écart entre la première et la deuxième place est de trois, quatre dixièmes, mais la fée de Columbus a souvent un ou deux points d’avance. Actuellement, sans contestation, personne ne peut battre Simone Biles. Cette dernière est selon un de ses entraîneurs, capable d’imprégner totalement une nouvelle compétence en à peine trois jours ce qui la dénote des autres athlètes qui mettent plusieurs années à l’acquérir. La place de „meilleure gymnaste de tous les temps“ semblait pourtant imprenable. La Roumaine Nadia Comaneci a été la première gymnaste de tous les temps à obtenir la note de 10 sur 10, à 14 ans, en 1976. Elle a enchaîné les succès : cinq fois médaillée d’or aux JO, deux fois aux championnats mondiaux et neuf fois en Europe, et a participé à faire de la gymnastique un sport populaire. De la comparaison entre ces deux athlètes, il n’y a qu’un pas. Nadia Comaneci elle-même ne tarit pas d’éloges sur Simone Biles : „C’est une athlète phénoménale. Même si elle chute, elle est capable de gagner du fait de son très haut niveau de difficultés.“ Après ses triomphes olympiques au Brésil, l’Américaine choisit de prendre une année sabbatique. Pour se reposer, mais aussi, surtout, pour se réinventer. Après la fin de ce cycle, elle souhaitait revenir en proposant quelque chose de différent, de nouveau. „Je voulais changer, m’améliorer comme gymnaste et surtout je ne voulais plus ressembler à celle que j’étais en 2016„, confie t’elle. En reprenant un entraînement intensif, elle a repris sa place au sommet de son sport. En août 2018, elle a balayé les quatre épreuves des Championnats américains de gymnastique pour remporter la compétition avec un énorme 6,55 points et devenir la première femme à remporter cinq titres nationaux du concours multiple. Cette même année, elle révèle sur Twitter qu’elle était l’une des nombreuses jeunes femmes agressées par l’ancien médecin de l’équipe de gymnastique des États-Unis, Larry Nassar, lequel avait récemment été condamnée à 60 ans de prison pour pornographie juvénile et à 25 à 40 ans de prison pour conduite sexuelle criminelle. Le phénomène continue ensuite sa moisson à Stuttgart lors des mondiaux octobre 2019 et remporte sa cinquième médaille d’or du concours multiple individuel, poussant son total à 25 médailles aux Championnats du monde, un record. La concurrence laminée, Simone Biles se lance désormais des défis à elle-même.

Photos: Irene Liske/Sports illustrated/Nike/DR

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