EXPOSITION A L’INSTITUT DU MONDE ARABE DE PARIS : Foot et monde arabe

À l’initiative e l’Institut du monde arabe de Paris, les deux commissaires en charge de ce projet se sont employés à monter cette exposition à la fois sérieuse et iconique, grave et mordante, mais toujours profonde sur les différents thèmes liant le football et le monde arabe. L’exposition aborde les thèmes de la place sociétale du football dans les pays arabes, ainsi que le rôle de ces derniers dans la planète foot. Une place importante est donnée aux acteurs majeurs de ce sport.

Dans le monde arabe, le football est un „phénomène social global“. Sa pratique va même au-delà de la performance sportive en servant les logiques personnelles et identitaires de chaque pays. Les enjeux politiques et diplomatiques de ce sport, populaire ont toutefois permis aux nations arabes d’être reconnus comme acteurs primordiaux dans ce domaine au même titre que celles du continent européen ou sud-américain. Ces dernières partagent le même paradoxe à savoir une belle solidarité et l’exacerbation de la passion jusqu’à la violence. Entre maillots, chaussures, vêtements, ballons, médailles et trophées (dont la Coupe du Monde), archives diverses (papiers, audiovisuels, sonores, photographiques, cartes postales), le parcours chronologique dans une scénographie immersive, explore une œuvre subversive et visionnaire, sur laquelle plane la folle passion du football dans le mode arabe. En entremêlant les informations historiques illustrées par des objets collectors et conceptualisées par des archives, les hauts faits sportifs sont savamment mise en exergue par des photos et narrés  par de forts témoignages de joueurs d’époque. L’exposition se dessine comme équipe de football sur le terrain. De manière chronologique, à travers onze thèmes représentatifs précieux, centrés à la fois sur un joueur, un match, un mouvement ou une équipe afin de proposer une perception réaliste sur l’impact du monde arabe sur le football.

Pour commencer, le bel hommage fait au „Pelé“ franco marocain Larbi Ben Barek (1917-1992). Une légende dont l’élégance et la technique n’avaient pas d’égal à l’époque dans le football. Avec une belle et faste carrière en France, Larbi Ben Barek fut également le premier footballeur africain à avoir du succès en Europe. Il fut aussi le premier entraîneur de football de l’équipe nationale marocaine après son indépendance de la France.

L’équipe d’Algérie clandestine et le Liban rassembleur

L’Équipe du Front de Libération Nationale (FLN), dont les exploits et la ferveur qui l’accompagnait furent une réelle plate forme pour la guerre pour l’indépendance (1954-1962) de l’Algérie. En 1958, des joueurs du championnat de France, et même de l’équipe de France ont déserté soudainement leurs clubs français pour partir monter la première équipe nationale algérienne baptisée FLN. Une sortie clandestine qui a vu des vedettes du football français de l’époque, dont Rachid Mekhloufi, Abdelaziz Ben Tifour, Mustapha Zitouni ou encore Abderrahmane Boubekeur. La guerre d’Algérie en fond, l’équipe du FLN fut une force politique indéniable pour ce pays qui filait droit vers son autonomie. S’en est suivie d’une tournée mondiale avant que cette équipe soit officiellement reconnue par la FIFA en 1962 année de l’indépendance de l’Algérie pour devenir l’équipe nationale de ce grand pays. Un des principaux exilés Rachid Mekloufi, star de l’AS Saint-Étienne, reviendra dans l’hexagone pour retrouver les couleurs vertes, et ce, avec succès pour le plus grand plaisir des supporters stéphanois.
Au Liban, dans un pays multiconfessionnel, assez complexe et sujet aux grosses divisions d’ordre ethniques, le club du Nejmeh SC avait cette prouesse de rassembler toutes les classes sociales et religieuses et camps politiques . Populaire aux yeux de la population, il permit à ce petit pays mouvementé d’être une nation comptant dans le football mondial. 

Photos: Others/Reuters/Francois Lenoir/AP/Robert Legros/Presse Sports/Amélie Debray/YoriyasYassine Alaoui/ FFF/ FIFA/Joseph Ouechen/Luca Sola/Musée du Football de la FIFA/AFP

Le premier succès de la France en Coupe du Monde en 1998 fut une déferlante dans le football français avec le fameux slogan „black-blanc-beur“. Une belle bulle d’air pour une France cosmopolite qui se retrouve dans cette équipe championne. Mais le raté du fameux match France/Algérie au Stade de France en 2001 a ouvert les yeux à une certaine hypocrisie et a sonné le glas à cette parenthèse idolâtrée. Dans un grand espace dédié, les témoignages de vainqueurs de 1998 (Lilian Thuram), en exclusivité, les deux coupes du monde remportées par la France cote à cote et la belle projection en boucle du film  „Zidane, un portrait du XXIe siècle “ .

Le football messager de l’émancipation de femmes arabes

Pays arabes et football féminin, c’est a priori assez impensable. Pourtant avec l’essor de la pratique féminine dans des pays comme la Jordanie ou la Palestine, un message est désormais lancé aux nations voisines pour laisser le sport l’emporter sur des principes religieux archaïques. Pourtant avec l’essor de la pratique féminine dans des pays comme la Jordanie ou la Palestine, un message est désormais lancé aux nations voisines pour laisser le sport l’emporter sur des principes religieux archaïques. C’est la Jordanie qui tire le premier dans cette direction en 2000 à Amman avec l’Orthodox Club suivi quelques années plus tard par le Shabab Al-Ordon Club dans des matchs à dix sur le terrain, cinq contre cinq sur une surface en dur. car elles n’avaient pas encore accès à la pelouse. Depuis les choses évoluent dans la bonne direction avec l’état jordanien qui met une priorité au développement de la pratique féminine du football. Des moyens ont été mis en œuvre afin d’offrir des infrastructures décentes comme des stades et la recrue d’entraîneurs compétents pour que les filles puissent pratiquer ce sport dans de bonnes conditions. Mais en dépit de cette débauche d’énergie du royaume de Jordanie, les filles du pays s’entraînent souvent dans des endroits discrets car la vision d’une fille en short n’est pas encore dans les mœurs. Toutefois, résultats des courses, la Jordanie gagna trois fois le championnat d’Asie de l’Ouest (2005, 2007 et 2014) et ce pays fut également l’organisateur de la Coupe du monde U 17 (moins de 17 ans) en 2016, puis la Coupe d’Asie en 2018. Quant à la Palestine, le scénario est différent. Hormis certaines initiatives locales pas d’aide de l’état en vue. Pourtant ce sport dit masculin est très prisé par les filles dans le pays et donne la voie à l’émancipation des jeunes femmes pour le futur. La capitaine iconique et fondatrice de l’équipe féminine de Palestine, Honey Thaljieh désormais ambassadrice à la FIFA, va dans ce sens : „Une petite fille comme je l’étais, en Palestine à la fin des années 1990, n’avait jamais entendu parler de femmes jouant au football, c’était une activité strictement masculine. Il n’y avait rien pas d’argent, ni équipe, ni structure pour le football féminin. Seulement des préjugés et de l’ostracisme. Le football est un outil d’émancipation pour les femmes, à même de briser les stéréotypes.“ Grâce à sa persévérance, elle crée une petite équipe à l’université de Bethléem et de fil en aiguille, aujourd’hui, pas moins de 400 filles de plus de 14 ans en Cisjordanie possèdent une licence de la Fédération palestinienne de football. Cependant, une fois les obstacles culturels réglés, les footballeuses palestiniennes doivent se caler avec les aléas compliqués de l’occupation de l’armée israélienne. Depuis 2014, la FIFA autorise le port du voile lors des matches de football, en Jordanie comme en Palestine, le port du hijab lors des compétitions n’est pas systématique. Dans deux mois, la France organise la Coupe du monde féminine de football, mais aucune équipe arabe n’est qualifiée, quel dommage!!

Photos: Others/Reuters/Francois Lenoir/AP/Robert Legros/Presse Sports/Amélie Debray/YoriyasYassine Alaoui/ FFF/ FIFA/Joseph Ouechen/Luca Sola/Musée du Football de la FIFA/AFP

Dans le continent africain, c’est l’Egypte qui sort du lot. Le pays a remporté le plus grand nombre de CAN. Dans ce contexte, la ville du Caire prend une réelle place dans le football arabe, et vibre au rythme des matchs en idolâtrant leurs joueurs comme aujourd’hui avec l’emblématique attaquant de Liverpool, Mohamed Salah. Une vraie passion pour ce sport dont les revers excessifs invectivent l’Egypte dans le monde entier. Il faut souligner que l’extrême ferveur des supporters dans le monde arabe est sans doute la plus dangereuse. D’Algérie à l’Égypte, les débordements dépassent l’entendement. Des catastrophes lors des matchs en Egypte montrent au monde entier ce que la passion peut générer. Le rôle de ces extrémistes du football joue aussi dans la politique des pays, les ultras égyptiens ont eu un rôle crucial lors du soulèvement égyptien, ils se trouvaient en première ligne lors des contestations du régime, avant que la politique reprenne le dessus mais ils sont à l’origine de toutes les actions. Aujourd’hui, la situation algérienne évolue avec une grosse contestation du régime militaire en Algérie où les supporters issus des stades donne du son et participent activement à ce „printemps algérien“ qui se déroule pour l’instant sans heurts.

Organisateur de la prochaine coupe du monde de football, le Qatar grappille de plus en plus dans ce domaine. Une vue en maquette des différents stades construits à l’occasion de la Coupe du Monde 2022 est proposé au public.

Une exposition superbe et intéressante, mais il manque une nation qui n’apparaît nulle part dans le scénario : l’Arabie Saoudite. Pourtant, ce grand pays est un acteur dans la communauté arabique qui a participé à cinq phases finales de Coupe du monde entre 1994 et 2018 et a son palmarès figure plusieurs Couper arabe des nations et du Golfe. Par ailleurs, l’Arabie Saoudite. fut finaliste de la première édition de la Coupe des confédérations.disputée à domicile en 1992.

Photos: Others/Reuters/Francois Lenoir/AP/Robert Legros/Presse Sports/Amélie Debray/YoriyasYassine Alaoui/ FFF/ FIFA/Joseph Ouechen/Luca Sola/Musée du Football de la FIFA/AFP

PRATIQUE

Horaires
Du 10 avril 2019 au 21 juillet 2019
Lieu
Institut du Monde Arabe
1, rue des Fossés-Saint-Bernard
75005 Paris 5e
Accès
Métro Jussieu
ligne 7, ligne 10
Tarifs
-26 ans UE, handicapés, RSA : Gratuit
tarif réduit : 6 €
tarif plein : 8 € *
De nombreuses autres animations (visites guidées, animations pour les scolaires, ateliers de création, pratique d’un football bousculant les règles du jeu sur le parvis) sont proposées en parallèle de l’exposition
Site officiel: www.imarabe.org/fr

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Comments

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