Exposition Chagall et l’avant-garde russe à Paris

Du néo-primitivisme au constructivisme, l’exposition  Chagall, Lissitzky, Malevitch, retrace l’histoire de cette dramaturgie fébrile dans l’aventure éducative de Chagall au lendemain de la révolution russe. Un rêve de pluralité artistique inachevé qui tourna malheureusement court avec des querelles d’ego jusqu’à la trahison. Elle met également en perspective la naissance et l’épanouissement de cette avant-garde, en évoquant à la fin du parcours cette filiation ininterrompue et réinventée entre arts populaires, traditions russes et création artistique, à un moment où l’art russe prenait une véritable dimension internationale.

À la fois imaginaire et cohérent, Marc Chagall se sert de la grande et compliquée histoire russe pour développer sa peinture. Source d’influence importante de par le fait qu’elle le guide dans sa vision du monde. Ses tableaux de la période (1917 1920) décrivent son implication politique au service de la Révolution russe. La plongée dans l’avant-garde russe de Marc Chagall se fit tranquillement après la Révolution russe de février 1918. Naturalisé russe et reconnu comme tel, Chagall produit dès lors des toiles qui exprime son euphorie et s’engage pour la démocratisation des arts. Fraîchement élu commissaire du peuple pour les arts plastiques, il fonde cette année-là dans sa ville de naissance Vitebsk en Biélorussie, une école des Beaux-Arts dans l’ancienne demeure art déco qui fut construit pour un banquier de Vitebsk… Il pouvait ainsi transmettre aux élèves sa vision du monde.

Révolutionnaire engagé, adepte de l’enseignement libre, Marc Chagall conviait peintres et élèves à travailler sous le même toit. Cette aventure fut entreprise avec d’autres artistes comme l’architecte El Lissitzky pour ses compétences en arts graphiques et le peintre Kasimir Malevitch au nom de l’avant-garde russe. Véritable laboratoire révolutionnaire, Marc Chagall avait pour ambition de faire découvrir l’art à des publics divers et nouveaux dans cette institution gratuite et sociale. Chaque artiste interprète la révolution à sa façon et avec son style. Ivan Puni, un des premiers enseignants de l’école, défendait le futurisme, l’art abstrait. Pour Malevitch, l’art révolutionnaire, c’était le suprématisme avec sa fameuse œuvre emblème Carré noir sur fond blanc, donc un art encore beaucoup plus radical.

Plus que le style, Chagall, voulait que tous les artistes soient combatifs en puisant dans leur plus fort intérieur leur propre révolution. S’inscrivant dans une Grande Révolution Marc Chagall sacrifie une bonne partie de son œuvre artistique et son statut d‘ icône pour organiser le bon fonctionnement de cette école ainsi que toute sa logistique pour le meilleur et le pire. Mais sa porte ouverte aux jeunes artistes lui portera un coup fatal avec la trahison de Malevitch qui a pris le soin de dénigrer son point de vue artistique devant les élèves. Mission en partie réussie par Malevitch épaulé par El Lissitzky „l’ami“ d’enfance de Chagall qui en imposant l’abstraction radicale du suprématisme comme courant principale reprendra le flambeau au nez et a la barbe de Chagall, lequel perdra toute crédibilité d’enseignant. Prenant alors la direction de cette école d’art, Kasimir Malevitch suscite la révolution « suprématiste », un style géométrique proche du cubisme. Dès 1920, Chagall préfère partir à Moscou, puis Paris, abandonne l’école laquelle ne survivra pas longtemps à son départ. Pressé par le pouvoir soviétique en guerre civile, sans subventions et dans un contexte économique proche de la pauvreté Malevitch lâche l’affaire en 1922 et s’installe à Petrograd et laisse ce nid d’artistes au pouvoir qui veut cadrer et instrumentaliser l’acte créatif mais en vain.

Cette expérience, donnera tout de même à Marc Chagall quelques toiles suprématistes qui mettent en valeur les différents styles sur un fond abstrait, une sorte d’exutoire pour ce peintre prolifique

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Exposition du 28 mars 2018 au 16 juillet 2018 à la Galerie 2 du Centre Pompidou
Centre Pompidou
Place Georges-Pompidou
75004 Paris
Ouvert de 11h à 21h, fermé le mardi
Tarifs
Tarif réduit billet Musée & Exposition : 11€ €
Tarif plein billet Musée & Exposition : 14€ €
www.centrepompidou.fr

 

Photos K.B

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